In-der-Welt-Sein

On est bal­ancé au monde. Banal. Dans cette enveloppe core­sprit, épaisse et indé­pass­able. Un belvédère d’où se dégage une vue. Tous pas-pareil — tous pour­tant à ressass­er les même vieilles, vieilles-vieilles con­ner­ies, tou­jours neuves.

(Notre civil­i­sa­tion ne nous a pas enseigné grand chose, sinon une cer­taine forme de pré­car­ité ontologique, si l’on m’autorise les gro­mos — soit dit en pas­sant, elle a même réus­si à boule­chité sa reli­gion, dont elle ne recon­naît l’esprit ardent que du bout des lèvres, et encore, en en retour­nant les plus fines pointes en slo­gans plan­qués-bour­geois, les sept péchés cap­i­taux, par exem­ple.)

Tous con­ver­sant sur un com­pro­mis, entre com­mu­nion et malen­ten­du. Nous recon­nais­sant par nos enveloppes plus ou moins emmêlées les unes aux autres — ça me fascine, qu’il y ait un moi en face de moi, qui ne soit pas moi, un autre “moi-même” qui n’est pas vrai­ment cet “autre moi-même” dont on nous rebas­sine les oreilles en Ter­mi­nale ; la peau que je caresse n’est pas seule­ment un autre bout de tis­su sur lequel je me bran­le.

Du coup, c’est pas tou­jours mau­vais de vous avoir autour en face. Et cela, oui, cela, ben ça me défrise la boîte à con­cepts — qui est frisée, voir pho­to.

Ca m’émerveille.

Roses

Deux assez sem­blables

La rose est sans pourquoi
Fleu­rit parce qu’elle fleu­rit
N’a souci d’elle-même
Ne désire être vue
Angelus Sile­sius

Ain­si donc, rose,
Mal­gré

Les cajole­ments, les répéti­tions,
Les analy­ses, les descrip­tions,
Les lyriques mod­u­la­tions,
Les amoureuses dévas­ta­tions,

Mal­gré même
Les com­para­isons,

Tu con­tin­ues
Pareille.
Guille­vic

Philosophies

Bon… pourquoi, philoso­phie, philoso­pher ?

Tra­quer une vérité qui se pour­rait encager de mots ? Mais à quoi bon tout entretiss­er de mots de la terre jusqu’aux cieux, si c’est pour en per­dre le goût de l’étoile, du vent et des plan­ta­tions tran­quilles de chem­inées sur les toits ?

A percer le sem­blant dont nous enco­quons les choses ? Fra­cass­er les habi­tudes à coup de marteaux, ren­vers­er les étab­lis, ne pas retenir l’eau qui passe. Cess­er d’habiter les con­cepts avec la fer­veur du par­venu. C’est encore se jouer de mots, sans doute : relancer la grande machine à pal­abres, machine à écrire la sen­tence, glacée, dans la chair vive de notre esprit, à ten­ter, mal­gré tout, de dire, ne fût-ce qu’un peu, bru­tale­ment, le vrai — Oura­nos dis­séqué.

Roi, le philosophe se le croit, depuis Pla­ton. Roi, ou en droit de l’être. C’est là, mortel(le), sa chute. Pla­ton même y fut englouti ; à répugn­er régn­er sur les hommes, le roi-philosophe s’est très tôt enivré de son pou­voir sur les pen­sées. Mais pourquoi voir le soleil face à face lui aurait-il jamais don­né l’impression d’être meilleur que les autres hommes ?

Philosophe : trop sou­vent, Tan­ta­le qui se com­plaît à sa faim et sa soif ; Tan­ta­le rusé, tou­jours un peu plus proche, dirait-on, de la manne qui pour­tant se refuse ; Tan­ta­le usé, boît sa salive, avale sa morve, s’enivre de ces pau­vres nour­ri­t­ures.

Juste laiss­er la pen­sée se faire sec­onde — pas unique­ment dans la vie psy­chologique ; mais dans la pré­ten­tion des con­tenus (théories, sys­tèmes, …), où elle se pré­tend pre­mière de toutes — ;
sans pour­tant y renon­cer, sans pour­tant aban­don­ner cette diseuse de vérité briseuse de murs.

Là-dessus, un Laru­elle a quelque chose à dire, oui. J’achoppe encore. L’exaltation d’une grande pen­sée ne m’a jamais valu un couch­er de soleil, le ciel étoilé au-dessus de ma tête (elle est pas de moi, celle-là :o) ), la 3è de Mahler, une can­tate de Bach, le tryp­tique des trois bleus de Miro. Penser, un peu mon tombeau.

Ô temps !

Il fait beau à en pleur­er. Je ressors mes chemis­es. Les change­ments de sai­son, c’est tou­jrous le foutoir ; chang­er d’alimentation, chang­er de vête­ments, chang­er de rythme.

Si encore je pou­vais chang­er d’horaire, arriv­er au boulot sur les 17:00 et en repar­tir à 19:00. Mais non. Les saisons affectent les marchés — autres temps, autres marchan­dis­es — mais pas leur cadence.

Et puis, à y réfléchir, il faut bien que tout le monde ait de l’électricité !

Vous diriez quoi, si au print­emps, on ne pou­vait plus rien faire qu’entre 17:00 et 19:00 — belle révo­lu­tion !

Alors je me lève tôt et vais pédaler pour vous, pour que les zélec­trons vibrent le long des grandes-moches-lignes haute-ten­sion et que vous puissiez vous con­necter sur la Ter­nette.

Petits veinards, va !

Baba Yaga

Ca ne sent plus le beurre à la mai­son. Je vis plus dans un Kwing Amann, c’est pas plus mal — une sor­cière finit tou­jours par s’immiscer dans une mai­son en pain d’épides et autres tartiner­ies.

Donc pas de sor­cière. Enfin peut-être pas. Je n’ai pas de placart à bal­ais. Mais ça veut rien dire. Faut que j’aille véri­fi­er les coins. Et les angles.

Ninive

Bon ben voila. Y vont tous défil­er au télé­phone. Peut-être que je ferais bien de le débranch­er. En même temps, ça me fait plaisir. Pour cer­tains, je ne les ai au télé­phone qu’à cette péri­ode de l’année.

Je suis un grand garçon, main­tenant — je peux tra­vers­er la rue tout seul et même aller au ciné­ma voir des trucs que ya que les grands qui z’ont le droit.

Allez, 34 ans… Je vivrai vieux.

Tiens, un appel.…

Là, sous la sauvegarde des rochers, dans la plénitude du vent, je demanderais à la nuit véritable de disposer de mon sommeil pour accroître ton bonheur. Et tous les fruits t’appartiendraient.