La Môme Saison

She’s back, la drôlesse, la ghoulette à bicyclique, la petite ogresse des seuils saisonniers et des fronts chauds-et-froids intimes qui me fait péniblement tourner sur mes gonds le long des charnières grinçantes de l’hiver.

Remarque, elle n’a pas la même guise au printemps qu’en automne. Elle vient deux fois l’an, dans l’ivresse des feuillages. Sous la bonhomie des frondaisons rousses, c’est une faiseuse de zombies. Fille des lumières mourantes, elle se nourrit des espoirs de coin du feu dans la morsure des premières fraicheurs. La croissance de l’aboulie n’est mise en défaut que par excès régulier de lumière, d’octobre à février. Je m’y contrains à luminothérapie – et c’est souverain.

Mais au printemps s’annonçant, début mars bourgeonnant, elle me suscite des sensations d’énergie renfermée, électrique, zébrée de vertiges et impuissante à trouver chemin de sortie, des sentiments d’à quoi bon et de vers quoi d’autre encore, un esseulement parfois intense, que seule pourrait combler la magie organique de miracles orgasmiques dont je sais incapables la plupart de mes contemporains, moi compris – tu sais, quand l’orgasme est une chose sérieuse, répétitive, scriptée, et parfaitement ennuyeuse. “La chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres”. Tout ça. Je dors plus mal encore qu’à l’habitude malgré des journées épuisantes. Je tombe malade. Plus jeune, rhumes et angines à répétition. Avec l’âge : grippe et bronchites. Allez. M’astreindre à sortir marcher. Entre drive créole et prophylaxie hygiénique.

La drôlesse rythme ainsi mes années, depuis l’enfance. D’autres lui résistent mieux, dirait-on. On la connaît mal. La garce s’avance masquée. Je ne l’ai reconnue que tardivement. J’en ai laborieusement attribué tout d’abord les symptômes à la névrose – elle fut réelle, mais de quelques ordres de grandeur moindre que ce que je pensais : les soignants que j’ai lus et rencontrés cultivaient une ignorance certaine des déterminants organiques du mal-être, et n’auraient jamais accordé d’intérêt, sinon de plate psychanalyse, à l’insistance de la Môme Saison à réclamer leur écot aux vitalités des plus trombones-à-ressort d’entre nous.

En attendant. Bordel de piano à queue. A l’automne, c’est no man’s land. Au printemps, waste lands. Je ne vis plus que sur mes habitudes. Et elles sont vides.

...

Gustav Klimt, Oberösterreichisches Bauernhaus, 1911, huile sur toile, 110 x 110 cm. Source : Wikimedia Commons.

“Adultes surdoués, S’épanouir dans son univers professionnel” – Dr Valérie Foussier

La littérature sur l’adulte surdoué a le vent en poupe, conséquence peut-être d’une récente prise de conscience dans notre banlieue hexagonale d’un phénomène qui est plus largement connu ailleurs. Cela dit, le peu de savoir dont on dispose sur la question rend assez aléatoire la plupart des productions sur un sujet que seuls quelques grands noms balisent, issus pour l’essentiel du monde des psychothérapies, et ne proposant essentiellement que des phénoménologies du “surdoué souffrant”. A ma connaissance, il n’est que l’excellent ouvrage de Nicolas Gauvrit sur les “surdoués ordinaires” pour mettre en perspective un phénomène qui ne saurait se mesurer à la seule plainte de leurs patients que les praticiens élaborent en heuristiques diverses et de qualité assez variable.

Foussier - surdoué s'épanouir au travail
Dr Valérie Foussier. Adultes surdoués, S’épanouir dans son univers professionnel. Paris : Editions Josette Lyon, 2014. 190 p.

Dans ce cadre assez lâche, on voit depuis peu apparaître quelques ouvrages se penchant plus spécifiquement sur les surdoués au travail. Le présent petit livre en fait partie, qui se propose, sur un diagnostic liminaire de Grande Méchanceté porté sur le fonctionnement l’entreprise moderne, de proposer quelques conseils aux sujets à Haut Potentiels. L’auteure en est endocrinologue, spécialiste des enfants précoces et artiste.

C’est pour moi un texte assez brouillon qui mélange les niveaux, et propose une vision plus ou moins cohérente de son sujet, mais conceptuellement assez floue, même si s’en dégage une ligne d’action qui pourrait être : ralentissez, retrouvez vos valeurs, reconstruisez votre espace intérieur, faites confiance à votre intuition, laissez jaillir votre créativité (spontanément forte chez les HP), rayonnez. Plus un texte manifeste que le manuel annoncé par son titre.

L’on découvre le plan au fur et à mesure. Après un état des lieux sur l’entreprise (1è partie), quelques conseils sur la vie professionnelle (2è partie), la 3e partie semble consacrée à quelques éléments de développement personnel. L’absence de coordination n’est pas un problème pour un public de HP – mais cela ne fait pas un livre, et choque assez irrémédiablement mon sens de l’architecture d’un texte, tout comme est froissé mon soucis du détail par quelques coquilles, défaillances de ponctuation, fautes de grammaire, constructions en paragraphes parataxiques et autres imprécisions conceptuelles (non, les neurosciences ne sont pas appelées aussi sciences cognitives, mais les neurosciences cognitives sont bien le nouvel avatar des neurosciences dans leur fusion avec les sciences cognitives).

Mais l’ouvrage a au moins l’avantage de me confirmer dans les orientations que je suis en train de prendre en ce moment, ne m’apporterait-il concrètement qu’assez peu. Et, étonnamment, j’éprouve pas mal de sympathie pour son auteure, n’aurais-je pas plus que cela d’entrain pour le produit qu’elle nous livre.

On trouvera, si on en a le courage, quelques compléments sur le contenu dans les lignes qui suivent.


La première partie fait état de la détérioration des conditions du travail en entreprise. Elle me laisse sur ma faim. On ne sait guère d’où l’auteure tire ses conclusions. Elle oscille entre reconnaissance des contraintes auxquelles sont soumises ces structures aujourd’hui majeures de l’économie, et condamnation sans appel des modes de management, réduits à n’être que des relais de mensonges (manipulation via coaching ou PNL) et de contraintes contradictoires (autonomie vs conformité aux règles, par exemple) ou d’une compétition forcenée entre employés. Il est assez difficile de sortir de ce brouet une quelconque idée claire – il est certes confirmé dans ses très grandes lignes par nombre d’articles de journaux et études sociologiques, mais je puis témoigner d’expérience qu’il n’est assurément pas applicable à tous les environnements professionnels.

C’est d’autant plus regrettable que l’insertion de la problématique “HP” y est assez mal traitée, plus par allusions que de façon détaillée, dans des chapitres très courts comme perdus dans une semi-diatribe sur la psychosociologie du monde du travail dont l’amertume est inversement proportionnelle à la précision.

Je me reconnais certes dans le portrait à grands traits et déstructuré qu’elle trace du HP, pourfendeur d’une injustice qu’il ou elle sent “à des kilomètres à la ronde”. Comme souvent en ces ouvrages mal maîtrisés, la phénoménologie est correcte. En ce sens, par le seul effet miroir (“tiens, oui, je fais des trucs comme ça… ouille !”), l’ouvrage a de l’intérêt pour moi. Mais là encore, c’est un portrait détouré à la hache et sans nuance, dont on sent trop les projections généralisantes et la synthèse parfois maladroite de cas divers dont on ne verra pas le bout d’une étude pour qu’il me semble intellectuellement bien fondé.

J’aurais largement préféré que quelques cas cliniques viennent éclairer le sondage intéressant dont l’auteur nous présente les résultats en tête de livre (probablement sans valeur autre qu’heuristique, puisque ni la méthode d’échantillonnage, ni la constitution du questionnaire, ni le mode d’agrégation des résultats ne nous sont présentés). On aurait alors pu s’interroger sur les causes sociologiques.

Le premier chapitre de la partie suivante offre quelques pistes de résolution de difficultés, sans bien préciser la nature de ces difficultés, avec des conseils passe-partout que tout coach est en mesure de donner. M’aurait intéressé de savoir si un HP, en situation par exemple de management, doit être plus attentif que d’autres à telle ou telle chose, et donc mettre l’accent sur des points que les bouquins ordinaires destinés au savoir-être managérial négligent. Rien de tout ça, mais une suite de conseils clairement ordonnés mais sans réel intérêt différentiel.

Le chapitre sur les manipulateurs ne m’apporte rien de neuf mais est bienvenu. Celui sur le burn-out, d’un lyrisme tout autobiographique m’émeut – il y a là quelque chose de personnel et d’intense, un exemplum dont on peut suivre les tracées et qui n’est pas dévié par une conceptuelle qu’à être mal maîtrisée, je m’imagine ne refléter pas les trajets spontanés de l’auteur. La présentation rapide du MBTI en fait une bonne introduction à ce cadre très pratique d’analyse de la personnalité.

En tête de troisième partie, le chapitre sur la créativité a pour moi quelque chose de revigorant, à la mesure de mon interrogation maintenant ancienne sur ce que je ressens comme le blocage de mes fonctions créatives. Je ne suis pas fan, je l’avoue, du lyrisme sucré que l’auteure y affectionne, mais suis très sensible à ce qu’elle laisse entendre de son tempérament impulsif, explosif et au service d’autrui. Un bref chapitre incite à lutter contre la procrastination par la discipline des listes – mais les causes de la procrastination n’y sont pas vraiment élucidées sinon sous l’angle du peu d’intérêt pour certaines tâches, et mes peurs ne s’y retrouvent pas. L’ennui et le doute forment la matière du bref chapitre suivant – l’auteure s’y fait conseillère, tablant sur une expérience qu’elle restitue en touches rapides ; cela peut sonner naïf, mais certains y trouveront à manger, je pense. Suivent alors quelques brèves pages sur jalousie, injustice et changement, où chacun-e est libre de trouver une source d’inspiration par rapport aux difficultés qu’il ou elle traverse. Mais j’ai peu à en dire, ayant toujours passé au travers des jaloux, des injustes… et du changement !

Les premiers paragraphes de cet article a été d’abord publié sur SensCritique.

Harcèlement scolaire

Reportage sur le harcèlement, sur France 2. Je n’ai pu le voir, mais on peut en trouver des extraits sur le site Harcèlement scolaire. Des témoignages peuvent heurter.

Je n’ai jamais été harcelé au point décrit par ces témoignages. Ce n’est pas passé loin. J’ai toujours réussi à éviter le harcèlement physique. Et j’étais trop spécial, à part, lunaire et retiré pour que le harcèlement psychologique prenne. J’avais (très très) peu d’amis et faisait scrupuleusement attention à éviter les lieux et places où j’aurais pu rencontrer quelques tourmenteurs bien connus. Ce n’est pas allé sans sueurs froides, changements d’itinéraires, stratégie de disparition dans la foule des élèves. Bizarrement, à part quelques crachats, je n’ai jamais connu rien de grave et ai toujours trouvé des gens pour me défendre dans les cas qui auraient pu dégénérer. Tout ça s’est calmé au Lycée. Rétrospectivement, je mesure ma chance.

Mais…


j’ai participé à un harcèlement.
C’était en CEx (x=1 ou 2, je ne me souviens plus). Voici l’histoire telle que je m’en souviens – c’est flou, ma mémoire est terrible, certains détails peuvent être interpolés largement, mais l’essentiel, je n’ai pas oublié.

Nous étions quelques uns à être au ban de la Sale Petite Société des Merdeux (car les enfants en troupes sont des merdeux, autant que les adultes, je l’ai appris jeune et ne l’ai jamais oublié. Nos-chères-têtes-blondes, c’est aussi et très facilement Lord of the Flies). Je m’en prenais plein la tronche aux récrés. Je n’étais pas le seul. On réussissait à jouer ensemble, les timides et les sensibles, quelques uns, j’ai souvenir de quatre ou cinq, sans qu’on vienne trop souvent nous emmerder.

Il y avait parmi nous une petite fille aux cheveux en bataille, raides et mi-longs, et aux blouses à carreau ternes. Elle venait probablement d’un milieu assez pauvre. Elle n’était pas brillante intellectuellement, mais je me souviens de quelqu’un de très gentil. Ils l’appelaient “La Pouilleuse”. Nous étions quelques uns, peu, à prendre sa défendre, plus ou moins, on avait peur des voies de fait (c’est fou ce que c’est tendre, des gamins de 7-8 ans).

Et puis un jour, comme pour plaisanter (en fait au début pour plaisanter, parce que j’étais capable de m’affubler des noms dont on me dotait, ça me permettait de les exorciser), je me suis mis à user envers elle du même langage que ses tourmenteurs. Brièvement. Comme pour de rire. Et petit à petit à jouer à “je te traite, je m’excuse, je suis gentil un temps durant, je recommence, etc.”. A, oui, à y trouver un certain plaisir : je n’étais plus tout en bas de la chaîne alimentaire. Et elle, elle ne ruait pas dans les brancards, pas du tout : un mot d’elle, un pleur, quelque chose, m’auraient arrêté net ; mais il n’y avait qu’une forme de mutisme, ou des demande moins appuyées, et j’arrêtais alors un ou quelques jours pour recommencer le lendemain ou la semaine suivante. Bizarrement, mon empathie, pourtant déjà vive sur toutes ces situations de contraintes faites à autrui, était comme démobilisée – se remobilisait par à-coup, puis était éclipsée par le plaisir de ce nouveau jeu.

Dans ma tête, je m’excusais en me disant que c’était de l’humour. Et comme elle revenait vers moi, j’y ai cru – joli cas de “mauvaise conscience”. Au fil du temps, c’est devenu juste drôle de jouer avec ses réactions, outre que ça me défoulait de la tension sociale créée par les Gentilles Têtes Blondes sur nos existences pendant les récrés. Au fond, c’est comme si elle était pour moi dédoublée. Un souffre-douleur qui était aussi une “amie”, qui me rendait ce service d’être un souffre-douleur. Mais c’est moi qui l’était, dédoublé. Une sale schize. Une relation totalement perverse. J’avais une “amie”, que je pouvais tourmenter à demi, pensant me dédouaner à ses yeux et au regard de mes propres valeurs grâce à la pauvre défense que je lui offrais par à-coup quand les autres devenaient trop odieux – et s’ils l’étaient bien bien plus que moi, quand ça leur prenait, en pareille histoire, ce n’est pas la quantité qui compte. Elle n’avait pas la ressource, ni émotionnelle, ni intellectuelle, pour encaisser ça – et qui l’aurait eu ? c’était juste… profondément répugnant.

Je ne sais pas combien de temps ça a pu durer. Moins d’un an, je pense. La trahison a dû être monstrueuse, pour elle.

Je n’ai vraiment compris ce que je lui faisais qu’au jour où elle s’est finalement et pour de bon éloignée. Où elle s’est faite distante. Où nous ne pouvions plus jouer ensemble. Où il était trop tard. Où “Je m’excuse” ne marchait plus. L’année suivante, elle n’est pas revenue. Les instituteurs ne nous ont rien dit. Je n’ai jamais su ce qu’elle était devenue.

Je n’ai jamais oublié. Très vite en est né un sentiment de culpabilité et de honte mêlées. Un temps sous le boisseau – ma vie à l’époque était assez pénible, en dehors de ma maison et des salles de classes -, il a vite resurgi dès que j’ai entendu parler de faits similaires. Je n’ai jamais pu minimiser rien de tout ça, et je ne suis jamais parvenu à me le pardonner à mesure que je comprenais mieux ce qui s’était passé. Il est possible que ma mémoire très sélective amplifie ces événements, mais je n’ose pas le croire.

Je suis plutôt un gentil – c’est ce qu’on dit. Mais j’ai appris tôt qu’un gentil, correctement conditionné, dans certaines circonstances, ça peut devenir une raclure.

D’après un mien commentaire posté sur FB le 11/02/2015.

Image : Source

Kant vs Diderot

Diderot n’avait pas une pensée à proprement parler, mais il avait la capacité de faire jaillir la pensée. Il suffisait de lui donner une phrase, une interrogation. De là, s’il se laissait aller à son automatisme impérieux, Diderot pouvait parvenir n’importe où. Et, dans ce trajet, découvrir beaucoup de choses. Mais il ne s’arrêtait pas. Parce que ce n’était qu’un passage, une accroche parmi tant d’autres. Diderot était le contraire de Kant, qui devait légitimer chaque phrase. Pour lui, chaque phrase était infondée en elle-même, mais acceptable si elle poussait à aller plus loin. Son idéal était le mouvement perpétuel, une vibration continuelle qui ne permettait pas de rappeler d’où l’on était parti et qui laissait le hasard décider si point ou s’arrêter.

Me dessinant en disciple de Serre, Laruelle me disait parti à surfer sur l’encyclopédie, tandis qu’un bref ami canadien croyait voir en mes associations folles un peu de l’esprit de ce Diderot que décrit Roberto Calasso dans cet extrait des premières pages de La folie Baudelaire[1] .

Je suis encore transi, pourtant, des idéaux d’une pensée “à la Kant”. Cela me paralyse et restreint mes déploiements, jusqu’à ne parvenir à n’oser le cabotage génial pas plus que les navigations hauturières. Il me faut la longe d’une parole initiale, et, souvent, un dédicataire. Il me faudrait aussi intégrer la contradiction entre ce que je peux et ce que, de l’admirer, je veux et fais norme des récits à engendrer. D’où que tout reste encore à faire – Kant ou Diderot, l’idéal de stabilité verticale ou la facilité transversale. Cultiver les deux ne m’est pas spontanément donné, il y faut une autre et plus vaste intelligence.


NOTES :

  1. Roberto Calasso, La folie Baudelaire. Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro. Paris : Gallimarsd, 2011 (folio 5846). p. 19. ^

Image: Barthelemy d’Eyck, Livres dans une niche (Fragment du panneau gauche du Triptyque de l’Annonciation d’Aix), vers 1442-1445, huile sur bois, 30 cm x 56 cm, Reycksmuseaum.
Source : Wikimedia Commons.

Moha

Tant juger encore, plutôt que comprendre, et tant comprendre aussi, plutôt que ressentir.

Le bon usage du mental est ancillaire. Tyran sinon, dont le règne aux Enfers est pavé de bonnes intentions.

N.-B.
Image : Joos de Momper (II) (1564–1635), La Tour de Babel, attribué à Frans Francken le Jeune (1581–1642). Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique.
Credits: Photographie par PaulineM, 19 février 2012, 17:03:36.
Source: Wikimedia Commons
Licence: Attribution-ShareAlike 3.0 Unported

L’esprit de division

D’accord pas d’accord
(et le cortège assourdissant des raisons et des justifications – y compris celle de “c’est humain”)
Il y a quelque chose que je sens ne pas fonctionner dans notre façon de gérer les groupes humains (morale et politique).
Mais je ne parviens pas à mettre le doigt dessus.
Comme si toute parole y était _fondamentalement_ fausse ou aveugle ou erronée ou inappropriée.
Comme si c’était le lieu du moins de clarté.
Comme si c’était le lieu de la guerre.
Comme si tout s’y résumait à la défense d’espaces de confort.
On peut s’en contenter. On peut même le justifier.
Mais je n’y arrive pas.
Et je ne comprends pas pourquoi il en est ainsi. Ni si même il doit en être ainsi.
Peut-être sens-je assez vivement la mort de l’universel – idée creuse sans incarné désormais.
Je ne sais pas.
Je sens l’esprit de division.
L’esprit de guerre.

Je n’y comprends rien.

Ne pas y succomber. Demeurer droit dans ce lieu incertain.
Ce n’est qu’un lieu.

FB – 10/01/15

Image: Henri-Camille Danger, Fléau !, 1901, 180,5 × 144,5 cm, huile sur toile. Musée d’Orsay, Paris.

Discours scientifique et militant

Le discours du militant est forcément dirigé vers la démonstration de ce qu’il croit bon pour la société. C’est pourquoi il opère des choix entre divers arguments et prend des raccourcis pour aller vers des conclusions qu’il veut évidentes, en caricaturant les faits pour susciter plus sûrement l’approbation. Le militant exagère par vocation, comme fait souvent le chercheur par nécessité, mais lequel trompe le plus la population ? Ce qui importe c’est la possibilité de contradiction, laquelle se limite au cercle étanche des spécialistes pour le discours scientifique tandis que le militant d’une cause se heurte toujours, et dans la transparence sociétale, aux militants d’une cause adverse.
Tout ça pour dire que (…) l’argumentation contradictoire ouverte à tous est le meilleur gage de l’intelligence.

Jacques Testard – avril 2008 – quelques corrections de coquilles.

Image : Keith Haring – Double retrospect jigsaw puzzle.

Charlie

Ce n’est pas un jour faste. Il y a eu un attentat. C’est l’essentielle presse satirique et irrévérencieuse et ses acteurs qui en furent les cibles, qui en sont les victimes. Ce sont aussi l’idée républicaine, et l’Islam, déjà pointé du doigt en amont de toute preuve.

Ayant peu de goût pour l’émotion collective, je me garde d’aucun commentaire. Il y en aura assez dans les semaines à venir. Jusqu’à ce que le soufflé retombe.

Mes deuils ne sont pas d’aujourd’hui. Nous sommes d’une famille qui sait le cœur noir du politique et la malignité des hommes prompts au meurtre. Besoin de respirer.

Je regarde encore d’étranges et plaisantes vidéos, telle cette ritournelle picturale. Tilt-shift et time lapse des pays du Nord.
Echappées.

Image : Abstraction by arturgrigoryan. Source.

Là, sous la sauvegarde des rochers, dans la plénitude du vent, je demanderais à la nuit véritable de disposer de mon sommeil pour accroître ton bonheur. Et tous les fruits t’appartiendraient.