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Le dict du pouet.

Phares

Phares 1

Tu te heurtes à tout mur. A ton corps encagé. Accrochée au cerceau des côtes premières, douloureuses, la cage thoracique – donner l’air nécessaire à la suffisance de tout semblant – continuer – tu sais le monde à ta mesure – mais – le passé aussi fait mentir ton savoir – là où gisent en tas de souvenirs ramassés mères, frères et pères – l’homme est une mère – pour l’homme – même dent carnassière – et le grand ballant des bras dont l’accueil sauve – l’homme est amer en bouche, trop mûr savoir, et mensonger – on t’a volé ton corps – dérobés, ton frère, et la paternité – effrayante fraternité – père enfant frère – l’enfance te fut un retrait complexe – échapper au devoir, lourd de chaque caresse – encore – jamais assez – corps arrêté – à dix ans voûté – ange encagé – semé plumes au labyrinthe des “tu devra(i)s” – nulle part où jamais arriver – lointaine, la chose, et libre – la chose qui se mérite d’une excellence préparatoire – toujours – encore – toujours – jamais qui ne débouche – la chose – hors d’atteinte – hors d’attente – rien ne permet de surmonter l’attente – de la chose – de la mère – aimante – amer –

Phares 2

– on t’a laissé – lâché – fourvoyé – dans la douceur des plis du savoir – et dans l’ivreses des hommes aux grands bras ballants – amers en bouche – amers de ton ignorance – savoir n’est pas connaissance – on t’a volé ton corps – ta liberté vive – ta voix – le tourment de tout labyrinthe naît de la contraction des contraintes – va-t-en donc te perdre – ne les laisse pas – pas trop vite – trop près – approcher – ou dévore – minotaure ! – « mais moi, c’est pour aimer que j’étais fait ! » – c’est vrai – mais c’est ta nuit, stellito – ta nuit – ton désir dénudé – le mi-amour ancien – l’insuffisant – dont il tire l’encre encore de sa relance – tes mots, même, sont vides – pour hurler, c’est hurler qu’il te faudrait – tu as retenu – le lourd battement de paupières – le cri poli – civilisé – pas le non ! mafflu – la jouissance aiguë du non ! – on aurait pu interdire franchement – autoriser le jeu de l’opposition – frontale – les reproches doucereux ne rendent possibles aucune transgression – on aurait pu – on te l’accorde – tu aimes jouer avec les si – accrocher quelque autre vide – comme ces silhouettes qu’aucun désir n’éclaire vraiment – tes caresses pèlent – lambeaux de doigts écrasés sur la peau rêche du temps – ces frissons n’emmènent personne nulle part – la couleur est grise au cœur même des tissu d’Orient – tais-toi – tais-toi – attends le feu de tout couchant – cœur humide – attends le feu – attends que te revienne – la joie insue – attends – goûte – dans l’entre-temps – goûte – le sel et la larme – goûte – le poids et la peine – goûte – le souffle court – l’inertie de ton corps voussé qui fait voile à tout vent – pour tout amer, le pouls de solitude du temps – tristes heute – vacuité des futurs – et destin dévoilé – dans le corps matriciel des tendresses passées – qui lui aussi – ô ! phare – te donnera la clef, la clef amoureuse – d’un lendemain

Phares 3

(J’aurais bien voulu en faire une BD, en fait. Je ne sais pas dessiner.)