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Le dict du pouet.

Trains d’ondes

Quelque chose en moi se referme comme une aurore
Je me pose dans l’étonnement de ses parfums

Il m’avait ouvert le chemin de lui-même, aussi étrange pour moi qu’un paysage net comme l’entre de mes entre-deux – et j’aime aujourd’hui la précision souple de sa forme longiligne, et cette tête rieuse – vent décidé – pleine de sagacités. Un pull. Un chapeau. Une odeur. Le rameau des mains. Un style. La grande bonté.

Nos vie vont sur des fils souples. Cela s’entrelace sans autre certitude que l’ouverture – aux vents émotifs.

Je regarde les vagues dissuader l’étang. Remous des mots-boostraps. Cela s’agite. Puis l’interface. Je l’avais cru mise à mal. Non. Se dissipe aux lointains le besoin des preuves – qui je suis, désormais – certes pas rien. Neuf comme un sou, un soi, une oie, un oeuf.

Tout change. Rien.

Flot

ton corps resserré dans le lacis celé des langues laminaires-

gélose riches des humus – croissances de plasmodes

gisant – la lumière l’attente une ride

fourrures océanes – ma mémoire sur l’un minéral des embruns

moins une peau piquée d’impassible

à peine peut-être ta séparation d’avec

l’horizon dérivé fossile

ensemencé de patiences immédiates et muettes

plus la ligne des vents coupant le ciel en chutes
  – inspire !

sous le diaphragme, là où poussent les
  – expire !                                                 primitives

multiplications des pins – miracle d’alpages

what a mess! foutoir trouble ! nigra sed formosa dit-elle

dans un rêve, cette nuit, la puberté des saints, pureté bréhaigne

lourds du lait des ratages – missed again

il y avait du secret – des portes recluses

il me fallut la force des méditations

la tête et le tronc et le souffle divisé à recevoir simple

le désir dénoué abrupt
  polymorphe

et le grand flot souverain où jamais l’on ne baigne

Mise en boyte

Picasso peint avec le cubisme une phénoménologie stricte de l’objet fantasmé. Un instantané que le futurisme, sublimement grossier, devait aplatir dans la spatialisation du temps superposé que rendait possible le feuilletage qu’on doit au cinéma en collaboration avec la persistence rétinienne. Dans le cubisme, en revanche, on ne superpose pas, du moins pas de cette façon arrêtée : on expose l’articulation de la chose dans les éclats organiques de sa manifestation. Or ga niques.
Femme au miroir
J’avais les yeux fermés. Le soir tournait comme une chouette aveugle. Une nausée. Ç’aurait pu être au coeur paumé d’une énième fatigue. La rançon du sans-sommeil aux yeux de courge et à la bite flasque. Et ses invasions de tout petits boutons invisibles ou rouges au flanc des cuisses et des fesses.

J’avais fermé les yeux. Ce vertige des soirs après d’amples nuits à cacher l’essentiel ennui sous les trames des pensées prises au vent mauvais des causes – curiosité des effets et suffisance des raisons enchaînées. Ce qui dans un refus reste du vide m’ôte l’envie d’être allongé – le flot des pensées terrifie et cherche son canal : un livre, une lumière, un sexe. Parfois, dans un lieu inconnu, comme hier, la porte entr’ouverte, un bruit de cils obsédant comme une chose qui gratte au mur, me font penser aux vivants qui viennent engendrer des morts médicalement ligottés aux tables de dépeçage – je dois fuir dans quelque réel tout aussi faux – un canal moins encombré d’organes ou la béance d’un fantasme – cela marchait, jadis.

Les yeux. Fermés. Comme deux courges harassées de cette exophtalmie qui vous prend devant les écrans et la pornographie. Deux courges dont on ferait bien soupe – qui vous regarderait longuement depuis le fond de l’assiette – et puis vous hurlerait dans le silence bourgeois “mange moi” – ce serait comme jouir – comme. Je n’écrirais pas tout cela si je n’allais bien mieux ! Les gens croient toujours en la littéralité des récits qu’on leur fait. Ils désirent des narrations propres et “sincères”. Sincères ! Choses convenues. petit a petit b. Petit a pour de bon ferait flipper – assurance Lacan, harassée d’hérésie. Non, oui, non ! Oui ! je vais bien, si, avec mes yeux de courges et mes fatigues de petit garçon que le noir effraie – cela fait un mois que je n’ai dormi avec S*** et, tout dans tout, sa présence au long terme dépose en moi des consistances.

Ferme des yeux. Plusyeurs. Chaque orbite abrite plusieurs des yeux. Je veux dire : une armée d’yeux – Dieu désarmé pleure l’œillet déchu de Sattantombé. Des yeux de dieu et du chu. Des yeux de droite, de gauche inextérieur, des yeux de tombe ocre parfumée de coriandre, et l’oeil dans la soupe, marqué comme C. Des yeux cultivés et salaces, salades d’œuils en pagaille plein de poussins polissons à soulever les jupes des filles et se glisser dans le jeu contourné des cuisses de garçons. Nom de d’yeux !

J’avais, les yeux, fermé, ferme, les yeux fermés. Ca ne tournait en vertige d’aucun récit audible. Un nœud dans le labyrinthe, érigé. Anti-Bataille. Son Minotaure n’est pas le mien. Je suis le Minotaure, merde ! Point barre. Bataille bavarde. Moi, je ne dis rien. Mon plaisir. Le dire longtemps. Il n’y a, il n’y avait rien qui se dît. Ca tournait. Pas même multiple. Juste une théorie d’yeux poussés au côté, poussins du dedans, comme une série d’Eve suscitées par un yhwh taquin. J’aurais pu être une femme, alors. Je ne sais pas trop. Je crois qu’on en fait trop – être une femme, être un homme. On en fait trop. Identités, récits, trop. On nous demande d’être simples. La bonne blague. Et le gros mensonge. C’est mal, tu iras en Enfer – on ne ment pas aux enfants. La bonne blague ! J’aurais pu être une femme, peut-être. Ca n’a pas d’importance. Une pelure. Une identité. J’identite, tu pelures, il peur, on pleurt, ça pèle au dedans. Et voilà. Charme bourgeois. Mon manteau est déchiré depuis plus d’un an à la manche gauche. On en voit la doublure au travers. La pelure déchirée désigne le double auparavant caché. Petit récit propret. Auquel, qui plus est, au moins un peu, je finirais par croire. Bonne blague.

Nœnœil tou fémé. Mond ka touné vitvit. J’étais uni à mon profil gauche ; et puis au centre aussi il y avait ça, dans un battement. A droite les choses étaient plus complexes. Ma main droite est sèche – c’est elle qui tient la souris tandis que je me branle. Mais à gauche, cela était profil, et le profil central aussi, le profil central essayait d’être homme-femme comme ça, sans découpe, sans sexe sinon dans les pulsations gauches du bas-ventre – je ne se branlait pas, la masturbation mène en Enfer, tout comme la pornographie et le travai salarié. C’était régressif. Gauche centre et la droite qui dit merde, je t’emmerde progressiste d’en-gauche avec tes rêves collectivistes mouillés. Politiquement régressif. Le sans-sommeil a de ces tours, parfois.

francis-bacon-selfportraitYeux fermé, ça n’a pas duré. Identité. Hop, fini, ordre et canaux propres. Dit des peurs : tu n’es qu’un bourgeois – ce sont mes peurs qui le disent. Ach ! cesser de croire aux récits de moi que me font les autres – lézôtres – terrible lézard minoen qui rôde dans les corridors des transgressions narratives. Un coup de dé jamais n’abolira ces lézards (je sais, je sais, c’est désolant – Bataille au moins osait le fantasme scatologique, ça te permettait de jouir à moindres frais – Bataille est complaisant et fasciné, et arrêté au bord de son gouffre – là où ça jouit de n’en pas finir de mourir à soi). Bah ! je joue chaque nuit avec les soldats romains les pelures d’un autre que j’ai peur de regarder en face. L’odeur du sang donne aux pâquerettes une teinte rosée de pamplemousse.

Bacon manifeste une phénoménologie du moi crémeux, un regard qui n’éventre rien de ce qui n’est déjà éviscéré – le moi organique, que Picasso, qui ne m’émeut que très rarement, ne connaît guère. Bacon, auquel me mène ceci – qui ne dura qu’un instant étoilé en particules fugaces, contingentes en leur diversité sinon leur consistance, dans sa collision avec le mur labyrinthique de l’écriture – Bacon sait la tendresse des croix – ne se paie pas de mots – mais de couleurs, de formes, de pâtes, de rages précises pour dire ce qui se dissout – bien sûr que c’est violent, la violence dissout. Ce n’est pas la paix. Mais c’est juste. Presque tendrement. Oui, non sans tendresse. Désespérée. Diversement désarticulée des identités. Organiquement.

Bien bien bien

Je t’aime

(bien)

Et la courbe attentive de tes bras comme deux fils à balancer la lune joyeuse
au pis replet des vaches heureuses.

meuh
que je t’aimemeuh meuh meuh

Oh l’odyssée de toi en Charybde sans Scylla – mais les chants du repos
dans les plessis miens où d’amour ta lèvre déclot
les fruits du verbe et du silence

Eh bien ! je t’aime ! comme on dit à la nuit vertueuse où s’emmêlent
les amants aux virées neuves des chats

comme la pluie sur les toits, comme le vent ana-wènta qui souffle
plus loin que le parfum du miel et des songes.

Je t’aime, voilà, c’est dit, il le fallait c’était écrit dans la courbe de ta persévérance
à marier les impossibles aux matins de plomb et de lumière

Je t’aime
.

Na !

(GA dec 2011)

 

Oblation

Rien ne nous oblige. Le sentiment fleuri s’évanouit dans cela qui est.
Au centre de la roue, le silence, et l’amour sans non ni tu ni je.
Serai-je comme une eau qui accueille la couleur, comme une ruche, le miel ?
Qui tu aimes dans l’inconditionné est le dieu d’entre toutes parenthèses, égaré jamais perdu, insu des croyants.
Prière bue dans la vasque du corps, montée seconde où tu tiens le tout dans l’ici sans dehors.

Words words words bla bla bla

Beaucoup trop de mots, dès que je veux dire les choses dans la détail du concept, pour en cerner quelque chose de la vérité.
C’est lassant.
Je ne parviens pas à me satisfaire du brouet que je me sers. Autant je l’aime chez autrui – et je peux me plonger avec délices dans Husserl, Heidegger, Kant, Spinoza, Descartes même, Deleuze, Derrida, Quine, Wittgenstein, Fodor, et autres Pangloss à la crème –, autant je le supporte mal chez moi.
Rembrandt - Philosophe en méditation
C’est un jugement moins sur la qualité du résultat – qui vaut ce qu’il vaut, je peux me surprendre, parfois – que sur la nature de l’exercice, je veux dire, sur la façon de m’installer dans les mots qu’il suscite, cette impression labyrinthique de n’être pas en prise sur la chose même – et de rater la vérité, au fond.
      Corridors de givres
      Sur la vitre offerte au vent
      Le feu danse, fol

(je n’avais pas pensé à ce tableau de Rembrandt, au moment où s’est imposée ce petit rythme. L’image est venue d’elle-même.)

Adolescence…

envie d’gueuler tout c’qui m’passe par la tête envie de m’foutre des conséquences envie d’l’extase neutre des machines envie d’tout-nu du vent des Alpes envie d’la cime des mélèzes et d’la terre et d’la roche grillée-soleil envie qu’tu m’dises oui ton corps. Et pis toi. Et
toi
aussi
envie d’ta langue et d’tes mains et d’ton cou et d’ton droit-sexe et d’tes sens qu’acceptent enfin envie d’sniffer du nuage d’bouffer l’gâteau d’nuit envie d’prière d’parfums d’spasmes effarés du Grand Portnawak d’jouir d’tous les bords et toutes les surfaces envie
d’marches et d’sourires et des feux et des veillées, loin envie d’Orients, tous, une envie d’apprendre et d’désapprendre et d’réapprendre et d’oubli envie d’pousser mon corps contre l’tien-résistance envie d’Dieu et d’hasard et d’liberté envie d’tous les hommages et d’toutes les langues et d’tous les pays envie d’toutes les esquisses surl’parchemin ivre envie d’infini d’infini d’infini d’infini

Cette pointe d’enfance-là

On peut plonger au fond de la pensée comme on se perd dans le tumulte de ses sentiments – toute la rapacité viscérale des impressions. Et réciproquement, réciproquement. La tête et le coeur ordonnent tous deux les ordres d’un ailleurs possible, poix d’un futur ordonné à l’insistance des si seulement : pas d’autres ferments aux labyrinthes – les miens sont simplement bien évidents à détecter, sinon à résoudre. On peut se noyer en soi-même, s’abîmer, dans l’ivresse partagée, partagée des liens perdus, des fils de souffrance renoués à deux ou plus. Notre enfance, notre enfance, cela nous hante comme une cruauté dont on ne se défait qu’à coups de métamorphoses jusqu’à rencontrer la bête faussement domptée – et je ne dis pas qu’il faille la relâcher : l’aimer serait pas mal déjà, l’aimer, oh, mon corps ! la détestation est d’usage si facile, et si conforme à l’ordinaire de nos soifs.

Et te donner juste ce que j’ai – ce rien. D’enfance ou presque.

Andante

Je/Nous ne savons pas vivre à un point… Ca m’effare. Un homme ? c’est quoi ? qui sait ? une autre et encore chimère ? Nous savons le vent et le sourire de nos mères et la faim et la pulsion du sexe. Nous nous les perdons au trop-plein de mots qui fait offense à nos libertés. Cela dit, quand je lis, de temps à autre, l’épisodiblog de Jowy, ou certaines des fulgurances de Kolokani – et d’autres encore – ça me fait dans la poitrine un espace où respirer juste

Ruts

Gélatine – hâte latine de tout collant secrétant luisant flasque dans les fonds d’basques de s’gonde en s’gonde la faim canine débonde plus ronde l’abassine des ventres blonde j’bande machine bite ô ma bite, almée des délices affines, va t’en glisser et ho et hisse aux vasques lisses et veloutées du périnée, eh ! Tarrasque ! venaison de vits et sa gravy d’agave – j’me gave, j’m’avine – Tequila ! levées de lunes brunes – et cleans où s’échine reine ma ta nos leurs pines pleines, sueurs en coeur, cule, clumes des reins frappeurs, hard task !