Category Archives: Pouèmes

Le dict du pouet.

Pouème de Noyel

Une variante (bien mièvre par endroit…) d’un précédent. Envoyé en accompagnement du traditionnel message d’absence pro.

L’eau placide, là-bas, polit sa pâle écume,
Dédicace son front à l’azur enchanté
Et fixe au plein des cieux d’un décembre sans brume
Le séjour du soleil par l’instant arrêté.

Du goéland songeur, le vol emmailloté
D’espace fait frémir des grands roseaux la plume ;
Coulant, le sable chante à la paroi posthume
des falaises de grès un péan déporté.

Un grand nocturne accouche, à l’heure où les volumes
Du jardin se déploient en leurs intimités,
De Noëls silencieux et de songes d’agrumes,

Une promesse enfin de toutes satiétés…
Au mitan du foyer vocalisent les grumes.
C’est saison de cadeaux et de sommeils ouatés.

Départ

De retour d’un séjour dans le Sud. Cela m’est venu, dans le train. Doucement remanié. Toujours pas de la poésie. Mais des vers, sans doute. Rythme difficile. Inspiré par Silesius, obviously.

“On part – à jamais ?
– Ô cœur, vagabond et vaste,
Quitte le palais
Des whys et because

Aux délices gastes.
Qu’au présent jailli d’amour,
Disettes ni fastes
En leurs hautes tours

Ne te laissent sourd
Au chant des blés et des choses.
Dans le lin des jours
(Ô délires chastes !)

Sans effet ni cause,
Va, cœur, t’immerger au “C’est !”
Sans pourquoi des roses.
Though I leave, I stay.

À B., F., J. et P.

Image : Arbre du voyageur. © Objectif 38. Source : Nature géométrique.

Adolescence – Sonnet

Parfois, le grand S*** me demande des vers plus classiques. Voici des alexandrins, sur des thématiques anciennes.
Mais… nulle poésie :D

L’eau mauvaise, là-bas, plisse, lourde d’écume,
Son grand front écailleux sous les cieux démâtés.
Tu vagues, adolescent, dans les temps éclatés :
“Rien d’assuré, jamais, sinon borées et brume…

Rien ! Rien ! Ni le ressac, ni le vol exalté
Du goéland moqueur ! Rien n’allège la plume,
En mon cœur abîmée !” – Sous le soleil posthume,
Tu te veux ange chu d’enfance, déporté,

Seul. “Je me donne à l’host affamé des volumes
De l’encyclopédie” – Ô, savoirs arrêtés !
“Corps jetés sur mon corps, d’où sourd ce que nous crûmes,

Miracle d’un refuge en toutes vérités !”
Sirènes et Scyllas te tirent bien des spumes…
– C’est saison de BN et de sommeils hantés.

Image : Salvador Dali, La pêche au thon, 1966-1967, huile sur toile, 304 x 404 cm, Fondation Paul Ricard. Source : Sur mon chemin… – article recommandable.

Message d’absence

Mirliton, mirlitaine
Tontaine-tonton.
Message d’absence, que reçurent, en interne de Belle Entreprise, qui me messagea, ces jours-là.

Bonjour,

Quelques jours
loin des cours
gazières

Je pars pour
sans détours
– Oh ! fier ! –

Mes atours d’hiver
Mettre en tour de pierre.

M’en reviendrai, lourd
Des bonheurs d’hier,
Offrir des amers
A nos jeux du jour.

Comm’ toujours :)

Image: Ted Nasmith, Ëarendil à Tirion, © Ted Nasmith. Source : Tolkiendil

Ancien jet lag

Écrit le 7/7/2013 – San Diego – FB

L’horloge-monde dicte tout à trac les tactiques de mes nuits tyranniques. Une carabine-insomnie française m’aurait assommée à 07:00, à 13:00 réveillé. Il est 04:00, San Diego ne se réveille. Moi si.

C’était convenu – la délégation française nous l’avait prédit, et ce corps poli qui d’un je s’anime dès qu’un Kliban y tombe en conscience, ce corps-moi si bizarre depuis les termitières rigoureuses de l’enfance, ce corps-là, oui, l’avait pressenti, et se l’était assigné peut-être aussi, dans sa gestion sans tact de la pinéale, où s’attache l’âme aux brisées du tryptophane.

Je vais aller respirer, boire, ronronner, relire les chants et les sorts qui plaisent aux mortels. (Le monde sera tout plein de tisseurs de sortilèges – nous saurons aussi y faire bonne figure, nous autres, apprentis Vänämöinen des champs géomatiques, druides gaulois au verbe soquioute – pliz! Cinq iou!).

Allez. T’is not nearly brillig. Going to stroke a tove and feed the borogoves.

In translation

Soirée de pipeul à ‘staches. Jeunes et hipsters. Dandys à piercings. Longs pulls droits sur slims ajustés. J’y passais comme une outarde dans un troupeau de zèbres. Nous nous ignorions mutuellement, incapables de nous voir. Transparences. Connections sur des simulations tangentielles. Leur très concrète consistance m’ouvrait pourtant un infini de portes. D’anciens miroirs sans doute et le mur sonore plus dense brouillard que fumée de clope me firent migrer en un mutisme souriant. Je fis un pas de côté. Inutile de s’attarder, il n’y aurait pas d’échange. Sinon celui, subtil et inconfortable, entre deux mondes glissant l’un contre l’autre. De retour en ma tanière, j’abandonnai mon costume de plumes pour les poils roux de l’hiver. Renard étranger.

Dimanche midi – Jeff Foster

Que d’avoir érigées en villes ces peurs d’enfants qu’ils disent “rêvent”, ils se croient soudain plus proches de l’immortalité ! Ô Merveille !

Mais les rêves d’enfants ne sont pas de jadis ni n’ont besoin des protections des démons de l’abysse et de l’angle. Labiles comme l’automne et l’épée, ils sont vastes assez pour les contenir toutes dans leur évidence nue.

Ces fossiles d’asphalte glorieuse, on les découvre un jour dans les strates du refus et de l’évitement, toute une géologie des détournements de regard au fil de visions soudainement arrêtées par la chute du rideau des effrois et des fausses pudeurs.

Et l’on se prend de colère. Puis l’on se voit soi-même architecturé d’acier forcé et de plâtres sublimes.

Alors, on rit.

Feuilles chantant dans les rues du vent, cavalcades sans pourquoi ni “eurent beaucoup d’enfants”.

Image : Gillis Neyts – Paysage boisé avec château en ruine, 1660, Musée Charles de Bruyères. Photographie : Ji-Elle, 2011-11-24. Source Wikimedia Commons.

The rest is silence

Au point de confluence de narrations grandes et petites, frénétiques orgueilleuses destinées toutes au repos.
De ma main, des frondaisons grouillantes de mondes sauvages et réguliers, épiphytes et cruels, naissent, sans commencement ni futur comme tout ce qui jaillit du terreau des morts.
Le dit contradictoire de la matière motive la vie péristaltique en mes organes. L’os sait le métabolisme des superamas, le chant de l’hypersymétrie et le tissu discret de l’égal mc2.
Dans le trajet réglé des circuits efférents à la rétine, la liberté – de l’œil au doigt à la parole au sexe aux générations. Et le battement de mon cil trace la longue, l’immémoriale prière des croyants épris dépris du siècle.
Un frisson de littérature dans le battement du sang aux canaux capillaires – tout un foisonnement d’étapes sans raisons sur le chemin du cœur, hic sunt shadoki. Et la philosophie me souille régulièrement les quatre ventricules, au point d’avoir à en changer tous les quatre ans. Le reste des savoirs pulse au gré des marches et des orgasmes, lymphe dense, sperme des croyances expulsé dans la nuit des sensations.
Colères, anxiétés et joies, petit monde cacophonique des quat’saisons hormonales, prétendant s’y connaître en politique. Je les crois bien volontiers – chiennes ! Cela dit, en matière de sociologie et de morale, j’aime assez la voix de l’oxytocyne – mais elle n’est pas seule à chanter.

L’Aleph est le lieu ponctuel d’une extase des savoirs – Borgès croit en la simplicité des essences ; moi non. Je ne me sais aucun cristal où pourrait se résumer l’effervescence des choses mortes et des pressions d’avenir. Je suis le lieu d’un grouillement anomique du sens. Vous ne pourrez faire qu’un mot prononcé n’engendre les déferlantes d’images qu’il porte dans sa résonance avec mon corps de cellules et d’affects – mais, cette séparation est trompeuse, il n’y a pas un côté corps, un côté mots, mais un corps anastomosé de mots, hérissé de la galle des croyances, dansant sans souplesse dans les récits en tempêtes.

      Cette danse parfois,
      cette danse rencontre la sensation brutale
      sensation brutale et tendre sans vergogne ni délice dit
      ;
      rien ne s’arrête alors, ni la frénésie, ni le grand chaos-foutoir
      rien ne change mais
      comme un point au milieu du champ un point
ouvert
      sans parole ni sémème même prêts à germer
alors
oui

Featured image credits : Tim Henderson (http://www.henderson-art.co.uk/)

Automne

Le sinus est à sa décroissance la plus abrupte. Le jour s’effare – fuit – patatrasse dans la brèche – s’assèche – porteur de soif – cataracte vers son minimum. Des envies de noisettes et de shoot dans les feuilles mortes. Flottements sans but ni rimes ; les plosives presque-paniques des infinis. Ce matin, aigus à la gorge et au diaphragme, les prodromes de la dépression hivernale.

(d’après FB ce jour, saisi spontanément dans la rue après drive de plus de deux heures chez Gibert.)