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Dimanche midi – Jeff Foster

Que d’avoir érigées en villes ces peurs d’enfants qu’ils disent “rêvent”, ils se croient soudain plus proches de l’immortalité ! Ô Merveille !

Mais les rêves d’enfants ne sont pas de jadis ni n’ont besoin des protections des démons de l’abysse et de l’angle. Labiles comme l’automne et l’épée, ils sont vastes assez pour les contenir toutes dans leur évidence nue.

Ces fossiles d’asphalte glorieuse, on les découvre un jour dans les strates du refus et de l’évitement, toute une géologie des détournements de regard au fil de visions soudainement arrêtées par la chute du rideau des effrois et des fausses pudeurs.

Et l’on se prend de colère. Puis l’on se voit soi-même architecturé d’acier forcé et de plâtres sublimes.

Alors, on rit.

Feuilles chantant dans les rues du vent, cavalcades sans pourquoi ni “eurent beaucoup d’enfants”.

Image : Gillis Neyts – Paysage boisé avec château en ruine, 1660, Musée Charles de Bruyères. Photographie : Ji-Elle, 2011-11-24. Source Wikimedia Commons.

Retrait

Je fais du bruit. Les hommes font du bruit. Too many words, words, words et tout ce monde qui y croie, proteste, s’imagine que cela, parler, dire, prendre parti, s’opposer, figer des limites ou les briser, fera une différence – et parfois cela en fait une, oui, mais qui pourrait dire quand et où et pourquoi, dans ce fracas d’après le bombes ?

De plus en plus sur FB ma main s’arrête. Je vais pour commenter tel post, intervenir sur tel article, tenter un apaisement ou une relance dans telle discussion… et ma main s’arrête. J’efface tout. Je déposte. Je décommente. A quoi bon ? J’ai fini par comprendre que je ne cherchais au fond qu’à préserver mes propres espaces de confort. Tout comme ceux avec qui, contre qui, pour qui je discute. Intervenir, c’est propager la guerre de mots dont on se fait un monde. Ne pas intervenir comme je le fais, c’est à la fois répondre à une drôle de perception nouvelle… et reconduire un nouvel espace de confort, qui est celui de mon effacement de débats qui tournent toujours à l’affrontement – au final : il ne s’agit le plus souvent jamais que de savoir qui finira par occuper le terrain.

Dire quelque chose, c’est toujours menacer quelqu’un – Lévinas. Même la non-violence, même la volonté de trouver un terrain commun, sont des menaces. Il n’y a pas de dialogue dans ces échanges des mots – que des soliloques. Pas d’échange. No peace.

Animal esseulé qui se soigne en s’imaginant des guerres. Homme.

As dreams are made on

Le champ sous la conscience consciente, le champ d’apparition de l’attention focalisée, défocalisée, est bien plus étrange que le plus impressionnant objet de savoir.

Je sens que dieu pourrait y naître aussi simplement et évidemment qu’une rosée sur le matin – objet d’aucune théologie.

Là, les sensations, les émotions, les plaisirs et les douleurs sont des acteurs précis ; leur texte su, comme celui de mes mains sur le clavier, prend place sans pourquoi dans la succession instantanée des choses – les récits se tissent alors aussi, mais ne disent rien de cette merveille, qu’ils puissent être.

Sous ce grand plateau agité, “je” se plaît à croire encore une épaisseur, moins des couches qu’un océan dont il ne contemple que les vagues. Par à coups très-fugaces, il s’éclipse pourtant, et ne reste que le flux, pas même. Oh que tout ceci – dont j’ai lu ailleurs bien d’autres syntaxes – est étrange – quand l’attention, moins engagée dans les choses semble prendre note de leur surface – défocalisation ?

Je suivais ce soir, sans l’avoir cherché, les pistes de l’irréalité de la manifestation. Il n’y avait rien d’intellectuel à cela – ces philosophies-là là, à ma manière brouillonne et inchoative, ont depuis longtemps été parcourues. J’étais attendant S***, l’épaule contre le chambranle de pierre d’une rue de Paris. Le pavé luisait sous des restes de pluies maigres et froides. Rien ne semblait vraiment réel. Ni mon corps, ni mon poids sur le pied droit, ni les passants brillants comme des étoiles à neutrons, ni leur pas diversement magnétique ou la sensation tiraillée dans mon dos. Tout était très clair pourtant, où que se porte l’attention. Très clair et se succédant sans heurt, chaque chose engendrant ses ondes propres dans le chant de l’attention, l’accordéon des mondes. Et tout semblait de la même étoffe, as my dreams have always been made on, et dont le monde même est tissé, je le sais depuis que je suis petit.

J’ai suivi le fil de cet imaginaire qui me permet de susciter presque n’importe quoi ici et maintenant – si j’avais été moins normativement engagé dans les relations aux autres, je crois que ce monde qu’on dit “commun” m’aurait été loins stable : il ne se tient que des conventions que l’on partage à son égard, mais je vous jure que la mer n’est jamais loin, non plus que le banc de torture – ce qui ne m’a jamais facilité le sommeil.
Ce soir, le théâtre semblait poindre sous la pièce. C’était vaste et calme, aussi agité au-dessus cela soit-il. Mais c’est mal dit : il n’y a pas de commune mesure entre ce vaste et calme et cette agitation. Ou plutôt si, celle de l’émotion qui s’en vient par dessus, et du mot qui s’y colle : vaste-et-calme. C’était très subtil, comme une de ces pensée timides dont un peu de l’odeur viendrait à diffuser sous la porte de la conscience – mais l’image est mauvaise et a posteriori.

Bon, j’ai toujours envie d’en faire des récits, de le raconter à quelqu’un. C’est un désir contant chez moi, de toute façon ; je n’apprends rien que je ne m’imagine rapporter à plus sage que moi – quête de reconnaissance.
Pourtant, récemment, en sortant de la peur, en regardant dans le champ de conscience la façon dont y apparaissent les autres, ce que j’y ai vu est, en ce point focal, tellement dense, tellement orné de liens dansants les dits de la contrainte et de la liberté… il y avait juste de l’amour, là – la patience de les laisser devenir – ce qui ne me ressemble guère, au fond, je passe plus de temps à défendre mes zones de confort – merveille.

Le plus étrange peut-être est l’envie d’aller voir s’il y a quelque chose sous cette surface – une logique, un monde. C’est encore une hubris : je crois toujours que je pourrai, d’une façon ou d’une autre, embrasser la chose. Récupérer le bouzin, comme toujours, récupérer la déprise même – il est rigolo, ce Monsieur je. En attendant, c’est comme ça – je veux savoir la grammaire de ce récit-là. Mais pour elle, comme pour les autres, il faut que je la devienne – j’ai toujours été mauvais à déduire les grammaires, fallait que j’en fasse advenir la machinerie en moi-même, que je la simule opérationnellemen et émotionnellement, pour comprendre ce que ça fait (what it’s like) de fonctionner comme elle l’exige et que la logique m’en paraisse évidente. Je vais sans doute à ma façon courir après cette nouvelle grammaire qui n’en est – dit-on – pas une. On verra bien ce que ça me fait :) Pour le moment – it’s just following the dreams to were they lead.

(_/\_)

The rest is silence

Au point de confluence de narrations grandes et petites, frénétiques orgueilleuses destinées toutes au repos.
De ma main, des frondaisons grouillantes de mondes sauvages et réguliers, épiphytes et cruels, naissent, sans commencement ni futur comme tout ce qui jaillit du terreau des morts.
Le dit contradictoire de la matière motive la vie péristaltique en mes organes. L’os sait le métabolisme des superamas, le chant de l’hypersymétrie et le tissu discret de l’égal mc2.
Dans le trajet réglé des circuits efférents à la rétine, la liberté – de l’œil au doigt à la parole au sexe aux générations. Et le battement de mon cil trace la longue, l’immémoriale prière des croyants épris dépris du siècle.
Un frisson de littérature dans le battement du sang aux canaux capillaires – tout un foisonnement d’étapes sans raisons sur le chemin du cœur, hic sunt shadoki. Et la philosophie me souille régulièrement les quatre ventricules, au point d’avoir à en changer tous les quatre ans. Le reste des savoirs pulse au gré des marches et des orgasmes, lymphe dense, sperme des croyances expulsé dans la nuit des sensations.
Colères, anxiétés et joies, petit monde cacophonique des quat’saisons hormonales, prétendant s’y connaître en politique. Je les crois bien volontiers – chiennes ! Cela dit, en matière de sociologie et de morale, j’aime assez la voix de l’oxytocyne – mais elle n’est pas seule à chanter.

L’Aleph est le lieu ponctuel d’une extase des savoirs – Borgès croit en la simplicité des essences ; moi non. Je ne me sais aucun cristal où pourrait se résumer l’effervescence des choses mortes et des pressions d’avenir. Je suis le lieu d’un grouillement anomique du sens. Vous ne pourrez faire qu’un mot prononcé n’engendre les déferlantes d’images qu’il porte dans sa résonance avec mon corps de cellules et d’affects – mais, cette séparation est trompeuse, il n’y a pas un côté corps, un côté mots, mais un corps anastomosé de mots, hérissé de la galle des croyances, dansant sans souplesse dans les récits en tempêtes.

      Cette danse parfois,
      cette danse rencontre la sensation brutale
      sensation brutale et tendre sans vergogne ni délice dit
      ;
      rien ne s’arrête alors, ni la frénésie, ni le grand chaos-foutoir
      rien ne change mais
      comme un point au milieu du champ un point
ouvert
      sans parole ni sémème même prêts à germer
alors
oui

Featured image credits : Tim Henderson (http://www.henderson-art.co.uk/)

Vanités

Je me découvre un réel et très profond besoin de reconnaissance. Je le croyais plus superficiel. Non : une très large partie de mes actions est motivée par la possibilité d’en tirer un gain d’appréciation, une place dans la société des hommes, un statut de sachant – voire de sage. Je me savais le besoin d’une muse pour produire – un récipiendaire à qui mon action et ses produits sont dédiés. Je la découvre aussi emblème d’une reconnaissance bien plus large, motivant d’autres émotions que le seul plaisir de la création ou du savoir.

Toutes mes actions sont sociales et insérées dans des récits sociaux. Cela implique “statut”, “valeur”, “indignation” (quand on oublie d’attribuer au K ce qu’il pense lui revenir), “hiérarchie”, “territoire”, “confiance”, etc. Je savais qu’un regard pesait sur presque tous de mes actes – j’ai besoin de savoir pour qui ils sont entrepris, qui les appréciera ou les évaluera -, je savais le désœuvrement parfois, à n’en avoir pas de destinataire, la tension dans laquelle toute série d’action réglée est menée, les récriminations face à une opposition et ce qu’elle révèle de manque de confiance en soi, de participation aux fruits de l’action d’un regard évaluateur positif à même de dissiper l’anxiété de n’être rien ou peu ou négligeable dans le regard d’autrui – le besoin de ce regard.

Je découvre – ce que certains mots sont lents à émerger – qu’une large part de tout cela se laisse résumer sous le besoin de reconnaissance – et ses justifications psychologiques plus profondes ne sont peut-être aussi que des traits spontanés issus de la sélection naturelle en lien avec ceci : la négociation d’un statut et d’un accès aux ressources dans les groupes que forment les sapiens sapiens.

Ce nouveau récit – je ne les compte plus – de mon insertion parmi les autres est sans doute l’un des plus désagréables. Je le crois en partie objectif. Mais il heurte ce que j’ai de valeurs – et ce que je souhaite de moi. Pour obtenir cette reconnaissance, les qualités nécessaires sont politiques – pas étonnant que je n’y arrive pas – ; que je valorise de toutes autres qualités ; mais que bon nombre de mes interventions en public sont motivées par une quête de statut en plus du plaisir de partager (mais certaines émotions, de frustration quand parfois je ne peux participer au centre, de plaisir à l’être même quand je goûte aussi l’intervention d’autrui, de dégoût de moi quand j’ai accaparé trop longtemps l’attention en mode automatique, pour être dupe : il y a plus de désir politique en moi que j’ai jamais cru en voir jusqu’ici).

Je crois que la position qui me serait la plus confortable serait de me sentir appartenir à un groupe qui me reconnaîtrait pour ce que je sais, et me fournirait de ce fait une protection et une affection. De ne l’avoir pas nourrit mon sentiment d’insécurité. Et c’est l’absence de ce type de communauté qui m’a empêché de faire une thèse, à un moment donné. Je ne suis donc pas tellement motivé par le savoir – ou très localement – mais par les histoires qu’on échange et le prestige du conteur – dont je confonds très confusément les manifestations avec l’amour universel.

Je suis foutrement confus, du coup. Et frustré sans doute. Je n’ai pas réellement développé les talents correspondant à mes désirs – comprendre autrui et raconter. Et d’y avoir des facilités, j’ai cru être motivé par le savoir, alors que de n’en récolter pas le statut que j’y cherchais, j’y ai trouvé un refuge plus qu’un lieu d’épanouissement. J’en ai vite acquis le sens aigu du poids des autres. Et le besoin de m’en débarrasser. Deux directions, qui ont toujours pesé : accroître le volume de savoir et le faire remarquer depuis le lieu même de ma retraite ; sortir totalement du système de la reconnaissance où autrui est juge – car il y a aussi, réels, le désintérêt et la gratuité. Savoir d’un côté et ce que je croyais être spiritualité de l’autre – mais qui ne se révèle, sous cette forme, qu’un nouvel avatar de mon intégration politique, d’autant que le savoir des traditions spirituelles a été investi par moi comme capital de récits atypiques susceptibles d’attirer l’attention. Beurk.

Tout ne se résume pas à cela. Il y a des récits plus secrets d’abandon, de détente, d’ouverture. Mais… si lointains. Si peu spontanés. Je me découvre si soumis à cela même que j’ai tant méprisé. Jusque dans les récits que je pensais plus intimes – parce qu’ils s’alimentent aussi a l’intimité d’un vécu. Et quand, avec persistance en ce moment, je me demande ce que je vaux – je tourne encore autour de des frustrations et désirs d’être quelqu’un au regard de X, plutôt qu’au service d’une connaissance et de sa transmission désintéressée, plutôt que d’explorer la détente et le jeu.

Mon perfectionnisme me donne envie de tout reprendre à 0. Mais une vie n’est pas une chose que l’on peut refaire. Va falloir que je fasse quelque chose de ce nouveau récit, une fois encore un brin dysphorique. Panta politika, et donc rhei pas des masses (dans le jeu des mots, à la fois le plaisir de nouer des points du labyrinthe – et l’impression que je me donne d’appartenir à l’entre-soi de ceux qui savent les décrypter – désir ancien – alors que je n’ai nulle expertise, pas plus en grec qu’ailleurs, juste le savoir des navigations transverses dans la masse du su : j’innove mal et j’invente difficilement. Je suis sûr que je force le trait et que certains s’étonneraient de me découvrir cette dureté de regard – c’est une habitude ancienne : je ne me juge pas de façon amène.)

J’aimerais bien passer au travers de tout cela. C’est fatigant.

Vers l’intérieur

Se tourner vers l’intérieur, ce n’est pas considérer ses états mentaux comme des objets dont on voudrait élucider les règles de transformation ou régler mieux les enchaînements selon une norme interne ou externe – soit encore selon l’ordre d’un désir, point obscur de l’opération d’appropriation de l’espace où pourtant il surgit (il y a là le jeu d’une régression à l’infini : quel désir saura s’emparer de tous les désirs ?). Le développement personnel s’arrête à l’orée de cette forêt là et prend garde à n’y pas mettre plus d’un pied – et encore.

Se tourner vers l’intérieur, ce n’est pas non plus – mais déjà plus, peut-être – devenir l’observateur simple du flux de ce qui advient. Qui alors observerait l’observateur ? Que serait cette instance observante séparée de l’observé ? Point subtil sur lequel fleurissent les logiques non-duales.

Se tourner vers l’intérieur, c’est abandonner le maintien de la pose pour explorer une série de postures. Jouer le jeu de ce dont témoigne le témoin non-dual – être ce jeu, qui n’est pas que d’observation neutre ou unilatérale. Se tourner vers l’intérieur, c’est accepter de perdre contrôle, prendre le risque de tout perdre, chacune de ces histoires de soi bâties pour les autres ou pour soi-même, la consolation de son propre souffle, les rassurants schéma d’asservissement autour desquels se construit notre confort.
Se tourner vers l’intérieur – c’est terrible.

Pourquoi le voudrait-on ? Pourquoi affronter les démons de la dissolution ? L’hydre gardienne de l’intégrité des structures du rêve, force de la férocité de l’ego ? Pourquoi rechercher l’effroyable – l’oblation de soi ?

Cela commence souvent avec un détestable goût de cendre que prend le rêve des hommes, tout tissé de compromis, de petits arrangements poussiéreux et collants avec le désir et les morts qu’il engendre. Les délices de l’amour et de l’art n’offrent de réponse qu’éphémère, une rapide percée vers quelque espace plus vaste, lumineux, plein ou juste – vite recouverte. Alors on espère en une liberté réelle – une paix sans trace de conflit – une vérité sans contredit – ou encore une joie sans tâche – autant de choses que de caractères et d’orients du désir. Toujours est-il, on le sent très nettement, le fin mot de l’histoire n’a pas été dit – peut-être même ne peut-il pas être dit.

Alors on lit, on rencontre, des hommes, des femmes, des théories, des vocabulaires et des syntaxes nouvelles, des expériences parfois. C’est un véritable fouillis, sans nom et traversé de plus de confusions qu’il n’y en eut jamais auparavant. Spiritualité, éveil, réalisation, maître, disciple, Christ, s?dhan?, pratique, prière, non-dualité, apophatisme, non-agir, satori, siddhi, nirv??a, kénose, etc. On teste des choses, on cherche une direction, des directives, un modèle à suivre qui convienne.

Bio

Et puis… on ne sait plus. Il semble ne rester plus qu’un seul mouvement qui vaille, un seul dont on pressent qu’il pourrait délivrer la vastitude des nœuds dont s’est fabriqué ce pauvre cœur ; un mouvement dont on craint la dureté ; un mouvement d’oblation dédié à l’intérieur, d’abandon de soi, d’abandon au goût de tout ce qui s’en vient et de nous use.

Devenir le vent – serviteur de la terre et du ciel.

Vulgate non-duelle

Boudu !

Il y a quelque chose de pourri dans la vulgate de la non-dualité.

On s’en sert comme d’un langage de description, que ce soit d’un état à atteindre et souhaitable, ou d’un état atteint (“je ne suis rien, il n’y a personne pour…, blablabla, etc.”).

C’est totalement absurde. Ce type de langage ne peut pas servir à cela. Les idiomes de la non-dualité ne sont pas plus descriptifs que prescriptifs – ce serait contradictoire. Ce sont juste des instruments, quad les occasions se présentent, dans les mains seules de qui sait les manier. Leur logique de surface, parfois très élaborée, n’a que peu d’intérêt (je veux dire, pas plus qu’un bon livre de logique philosophique) en dehors du lien maître-disciple. Là, quelque chose de sacré demeure, bien loin des investissements dans tel ou tel type de grammaire.

On n’est jamais digne de l’offrande qui est faite d’un tel langage quand il nous vient ainsi, si même il nous vient. Cette indignité, c’est un sentiment, très profond, très pur, très simple, très évident. S’il ne montre pas le bout de son nez, c’est probablement que la forme extérieure de la grammaire prime. Aller y voir n’est pas de trop.

On croit toujours qu’on sait ce qu’il en est du langage : ronde des habitudes. L’aiguille non-duelle ne laisse jamais reposer personne sur ce type de régularités – elle ne dit rien de ce que je suis ou ne suis pas – elle ne révèle rien du sens du monde – s’il est fini ou infini – si nous y avons un but ou aucun.

Mais tout celà déjà est en train de devenir grammaire – je me tais.

Intensités hors cadre

Le plus difficile m’a toujours été de sortir des cadres régulés – ce qui revenait moins à avoir la capacité de naviguer hors cadre que de franchir les seuils – et parfais, tant est puissante l’emprise des règles, d’imaginer même qu’il y ait un seuil possible.

En parallèle, j’ai toujours cherché, intellectuellement, l’extension maximale des champs de possibilité – ce qui amène inévitablement à questionner leurs conditions de possibilité – et la condition de possibilité qu’une telle interrogation soit possible (ce qui mène directement de Kant à Heidegger, soit dit en passant). Continue reading Intensités hors cadre

Écume des jours

Je glisse dans les jours dissemblables. Cette sensation nait sur un fond de répétition, signe intérieur d’une anxiété : et si ce “je” glissant dans la reconnaissance de soi, d’un jour à l’autre, n’avait pas la consistance qu’on en attend ? “On”. Non pas “je”. Je n’attends que ce qu’on m’a donné à attendre – cette vaste blague sociale, qui fait passer lourdeur et agression pour de la subtilité et de la vertu – nous sommes si robustement insensibles.

Repérer le flux changeant des jours, chacun manifestant un habitus – un ethos – différent au gré des réveils ordonnanceurs de la conscience de veille, c’est encore réitérer la confusion de ce qui ne change pas avec la consistance locale de ce mensonge. C’est déjà tenter de consolider un ancrage – impossible – hors de l’évidence sans constat du flux.

Il n’est rien de tel que « les jours » sinon dans cette idée que quelque chose passe ; rien ne passe. Cela, va.

Note – l’été est propice à ce genre de notes. Lumière et chaleur – quoique plus faibles cette année. Dès octobre, cet état précis où l’esprit et le sens prennent les directions du surplomb éthico-métaphysique engendrera une forme de littérature désespérée. C’est celle du sans-sommeil prise encore dans la séparation moi-monde (constituante de moi, du monde, de leur opposition : en vient l’idée-sensation qu’il y a quelque chose d’important à dire dont je serais le vecteur – importance immédiatement relativisée par mon propre système de croyance, non pas anéantie mais inscrite dans cette hypocrisie sérieuse qui me faut l’écrire).

Il n’y a là aucune possibilité sérieuse pour la paix – juste la préservation, toujours guerrière, toujours violente, d’une zone de confort contre la dissolution – qui est la mécanique d’ensemble de la manifestation : floraison folle, dissolution, dans le même mouvement de danse anomique et aimante, lîlâ, dit-on ailleurs.

Murs

Chercheur de vérité – tu te heurteras aux murs du dogmatisme – remparts contre l’incertitude de toute chose au monde.

Chercheur de paix – tu passeras entre les murs de l’isolement – remparts contre la violence propre à tout monde.

Ni le tranchant de la vérité – la verticalité sans appel de l’absolue certitude -, ni l’ajointement de la paix – l’horizontalité sans conflit de l’absolu acquiescement – n’ont de continuité avec leur désir.
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