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Croix – de l’agir

Les actions sont un réseau de tension, fils transperçant mes articulations, me marionnettant dans le futur. “Il faut”, voilà ce que cela dit, et mon conformisme en retour. C’est l’être social de l’agir. Pour “être soi”, par chez nous, le “non” à cette pression est essentiel. Ou devenir l’incarnation du modèle moral – d’avoir disparu dans ce modèle. Ce que l’on appelle “être soi”, c’est la capacité à métaboliser cette tension du devoir-être-avoir-à-faire. Ce n’est pas encore en être libre, juste y être adapté – ce que je ne suis pas, et depuis longtemps. Être en société m’est un effort, devenu habituel certes, mais tout autant que l’émiettement anxieux de mon sommeil.

Intensités hors cadre

Le plus difficile m’a toujours été de sortir des cadres régulés – ce qui revenait moins à avoir la capacité de naviguer hors cadre que de franchir les seuils – et parfais, tant est puissante l’emprise des règles, d’imaginer même qu’il y ait un seuil possible.

En parallèle, j’ai toujours cherché, intellectuellement, l’extension maximale des champs de possibilité – ce qui amène inévitablement à questionner leurs conditions de possibilité – et la condition de possibilité qu’une telle interrogation soit possible (ce qui mène directement de Kant à Heidegger, soit dit en passant). Continue reading Intensités hors cadre

Écume des jours

Je glisse dans les jours dissemblables. Cette sensation nait sur un fond de répétition, signe intérieur d’une anxiété : et si ce “je” glissant dans la reconnaissance de soi, d’un jour à l’autre, n’avait pas la consistance qu’on en attend ? “On”. Non pas “je”. Je n’attends que ce qu’on m’a donné à attendre – cette vaste blague sociale, qui fait passer lourdeur et agression pour de la subtilité et de la vertu – nous sommes si robustement insensibles.

Repérer le flux changeant des jours, chacun manifestant un habitus – un ethos – différent au gré des réveils ordonnanceurs de la conscience de veille, c’est encore réitérer la confusion de ce qui ne change pas avec la consistance locale de ce mensonge. C’est déjà tenter de consolider un ancrage – impossible – hors de l’évidence sans constat du flux.

Il n’est rien de tel que « les jours » sinon dans cette idée que quelque chose passe ; rien ne passe. Cela, va.

Note – l’été est propice à ce genre de notes. Lumière et chaleur – quoique plus faibles cette année. Dès octobre, cet état précis où l’esprit et le sens prennent les directions du surplomb éthico-métaphysique engendrera une forme de littérature désespérée. C’est celle du sans-sommeil prise encore dans la séparation moi-monde (constituante de moi, du monde, de leur opposition : en vient l’idée-sensation qu’il y a quelque chose d’important à dire dont je serais le vecteur – importance immédiatement relativisée par mon propre système de croyance, non pas anéantie mais inscrite dans cette hypocrisie sérieuse qui me faut l’écrire).

Il n’y a là aucune possibilité sérieuse pour la paix – juste la préservation, toujours guerrière, toujours violente, d’une zone de confort contre la dissolution – qui est la mécanique d’ensemble de la manifestation : floraison folle, dissolution, dans le même mouvement de danse anomique et aimante, lîlâ, dit-on ailleurs.

The autistic hypothesis

Jacob Barnett est en 2014 un adolescent de 15 an dont le niveau de langage et les talents scientifiques le mettent au niveau d’étudiants plus vieux de dix ans. Son appétit pour les formes (patterns) l’a mené très tôt à dégager d’une observation des phénomènes – diffraction, réfraction et réflexion : tous les jeux de la lumière) des modèles personnels originaux à un âge où l’on est souvent plus occupé à essayer de réaliser qu’une forme circulaire s’emboîte assez mal dans un trou carré de diagonale inférieur au diamètre.

A plus de 35 de points de QI en moins (son cas est estimé à moins d’un sur un million : au-dessus de 178, donc), je partage – donc toutes proportions gardées – quelques traits avec ce garçon-là. Les traits autistiques de mon enfance étaient différemment marqués et bien moins perceptibles. Mais ma mémoire est elle aussi très sélective – j’oublie les prénoms des gens, je mémorise mal les événements, je dois avoir un ordre assez précis pour être sûr de retrouver les choses – ma conscience de la persistance de l’objet est… assez étrange, parfois. Mais je mémorise assez bien les relations abstraites, et je perçois non pas les formes mathématiques mais les idées sur un mode perceptif qui me semble être assez semblable au sien – et je connais cette même joie intense qu’il manifeste quand il m’est possible d’en causer – ce qui est, je dois bien l’avouer, rarissime. Différence : je suis bien mieux armé pour comprendre les choses que les expliquer. Mes compétences verbales ne sont pas à la hauteur de ce que je peux faire subir à mon champ émotionnel pour entrer dans une pensée et comprendre comment elle est à même de représenter une forme de vie possible. J’ai souvent du mal à mettre des mots sur ces blocs émotionnels – mais je me nourris fort bien de ceux des autres.

Evidemment, je ne suis en rien doté de la pénétration et de la vivacité de J. Barnett. Je note juste ici cette familiarité avec ce qui semble ressortir de son expérience. Cela me rend la piste autistique toujours un peu plus vraisemblable. A mon habitude, je vais en faire une hypothèse, construire des tas de choses fausses à son sujet, qui me serviront de marchepied pour des prises de conscience émotionnelles – business as usual depuis que j’ai en gros huit ans, pas parce que je suis génial, juste parce que je ne comprenais pas pourquoi je n’étais pas bien intégré parmi mes pairs.

Note : de façon bien moins anecdotique, il y a dans l’article en lien une foule de choses fort intéressantes sur l’éducation et l’organisation de la recherche scientifique.

Coupure

Jour détaché. Tête en coton et acouphènes alarmes. Ma façon de faire lien, prise entre douance et traits autistiques, entretient un silence traversé d’intensités. La non-communication avec mon frère me pèse – et la communication m’effraie. Je suis une île que d’infinis oiseaux calmes et intenses relient de vols invisibles aux continents des autres – solitudes d’enfance déjà, que ravage par à-coup le typhon d’un esseulement.

Spleen

Temps lourd => oppression
+ trop de sommeil ce dimanche
+ climat culturel pas léger (euphémisme)
+ tempérament (habitudes émotionnelles)
+ solitude (plus qu’esseulement)
=> cerveau pas content.

C’est tout. Sans importance, au fond – habitude de cette tristesse sans but ni énergie (maladie bourgeoise ? Non. Ni maladie, ni maniérisme plus ou moins perclus de spleen). Toute mon adolescence entour compris – sauf qu’alors, je croyais encore que la culture et ses récits portaient en tant que tels de réelles solutions. Aujourd’hui… Well.

Mes humeurs ne sont jamais que cela – des humeurs, le guide vers aucune transcendance – mais je peine encore à goûter le non-qualifié jusque dans les lourds entrelacs des émotions et des pensées adventices (culture, etc.) qu’elles suscitent – auxquels, voilà, je m’identifie !

D’aucuns diraient qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul. Tout cela m’arrive pourtant même fort bien accompagné.

Cycles du nombril

Studying the way I am slowly going down. Au début, l’impression est d’être pris aux carrefours de trop d’exigences – courants divers de pensées cherchant possession et voix, désir d’un savoir universel, tout de suite, responsabilités professionnelles et personnelles, exigences morales diverses, emprises sur mon empathie des désirs croisés dans ce monde qui fait du conflit une façon de respirer, atteintes faites aux équilibres, fatigue de toujours de ne pas reconnaître ma façon d’être “humain” chez qui se revendique tel. Je fais à nouveau l’erreur d’intervenir sur des sujets politiques – alors que je n’ai à opposer que mon incompréhension absolue de problèmes dans lesquels aucune des parties ne cherche, du conflit qui les oppose, la paix, mais la victoire de sa conception soit du pouvoir, soit du monde, soit de l’efficacité – vivre-ensemble ? mon cul ! slogan béni-oui-oui qui cache juste une nouvelle façon de défendre ses propres espaces de confort – et cela vaut des causes que je soutiens tout autant.

(Je ne sais vraiment pas comment vous parvenez à vous bricoler un vivre bien dans tout ce merdier.)

Devrait suivre une dégradation du sommeil (elle est en cours) avec impossibilité d’aller dormir je soir, agitation intellectuelle et anxiété, associée à une forme d’aboulie légère (ça commence : perte d’appétit) et une difficulté à m’engager comme je le peux en général dans les travaux de l’esprit – activités professionnelles comprises. Procrastination et addiction à mes formes habituelles d’escapism peuvent être à prévoir. Je devrais me retrouver peu ou prou à côté de mon propre corps – sensation nette d’une émotivité énorme en train de monter en pression, le chemin de son expression étant bloqué. Il y aura l’impression de plus en plus marquée de vivre dans un rêve sans consistance. Et l’incapacité marquée à rester longtemps en groupe – oui, plus encore que d’habitude – sensation d’être coupé des autres usuelle quand on est coupé de des émotions. Corps caillou au diaphragme bloqué imposant son joug aux épaules et au cou – jambes en bois.

Cela ne durera que le temps de renouer avec le sentiment parfois écrasant de ma propre inadéquation et inutilité, avec sursaut aigu vers les choses “spirituelles” – les guillemets s’imposent. Pour repartir dans l’autre sens.

Ce n’est pas assez marqué pour qu’un diagnostic de bipolarité ait jamais pu être posé. Et ce n’est pas non plus toujours aussi typique. C’est la première fois que j’en conçois le récit, cela dit.

Besoin immédiat : me faire masser. De la bienveillance. Le mystère heureux de la mer et des forêts. Du silence dans ma tête. Les pulsations retrouvées du corps.

On s’étonne que je me dise tout le temps fatigué :P mais cette machine est juste mal accordée pour la vie qu’on le demande de mener. L’envie de revenir en arrière essayer de changer deux ou trois choses me prend souvent – moins des regrets qu’un réflexe d’ingénieur :)

Avant le désir

Mon oeil s’arrête ce matin sur un visage d’homme. Ce n’est pas encore un regard. Rien d’approprié n’encombre le mouvement du champ visuel.

L’oeil pourtant s’arrête. Sidéré. Surgit – non déjà le désir. Le désir – mouvement, mouvement en vue de s’approprier – cela. Cela, arrêté sur, dans, par ce visage. Un visage comme un autre, adéquat à l’heure. Non déjà le désir. Mais cela. En bloc. Un visage. Continue reading Avant le désir