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Suiv­ez mon corps

Intensités hors cadre

Le plus dif­fi­cile m’a tou­jours été de sor­tir des cadres régulés — ce qui reve­nait moins à avoir la capac­ité de nav­iguer hors cadre que de franchir les seuils — et par­fais, tant est puis­sante l’emprise des règles, d’imaginer même qu’il y ait un seuil possible. 

En par­al­lèle, j’ai tou­jours cher­ché, intel­lectuelle­ment, l’extension max­i­male des champs de pos­si­bil­ité — ce qui amène inévitable­ment à ques­tion­ner leurs con­di­tions de pos­si­bil­ité — et la con­di­tion de pos­si­bil­ité qu’une telle inter­ro­ga­tion soit pos­si­ble (ce qui mène directe­ment de Kant à Hei­deg­ger, soit dit en pas­sant). Con­tin­ue read­ing Inten­sités hors cadre

Mise en boyte

Picas­so peint avec le cubisme une phénoménolo­gie stricte de l’objet fan­tas­mé. Un instan­ta­né que le futur­isme, sub­lime­ment grossier, devait aplatir dans la spa­tial­i­sa­tion du temps super­posé que rendait pos­si­ble le feuil­letage qu’on doit au ciné­ma en col­lab­o­ra­tion avec la per­sis­tence rétini­enne. Dans le cubisme, en revanche, on ne super­pose pas, du moins pas de cette façon arrêtée : on expose l’articulation de la chose dans les éclats organiques de sa man­i­fes­ta­tion. Or ga niques.
Femme au miroir
J’avais les yeux fer­més. Le soir tour­nait comme une chou­ette aveu­gle. Une nausée. Ç’aurait pu être au coeur paumé d’une énième fatigue. La rançon du sans-som­meil aux yeux de courge et à la bite flasque. Et ses inva­sions de tout petits bou­tons invis­i­bles ou rouges au flanc des cuiss­es et des fesses.

J’avais fer­mé les yeux. Ce ver­tige des soirs après d’amples nuits à cacher l’essentiel ennui sous les trames des pen­sées pris­es au vent mau­vais des caus­es — curiosité des effets et suff­i­sance des raisons enchaînées. Ce qui dans un refus reste du vide m’ôte l’envie d’être allongé — le flot des pen­sées ter­ri­fie et cherche son canal : un livre, une lumière, un sexe. Par­fois, dans un lieu incon­nu, comme hier, la porte entr’ouverte, un bruit de cils obsé­dant comme une chose qui grat­te au mur, me font penser aux vivants qui vien­nent engen­dr­er des morts médi­cale­ment lig­ot­tés aux tables de dépeçage — je dois fuir dans quelque réel tout aus­si faux — un canal moins encom­bré d’organes ou la béance d’un fan­tasme — cela mar­chait, jadis.

Les yeux. Fer­més. Comme deux courges harassées de cette exoph­talmie qui vous prend devant les écrans et la pornogra­phie. Deux courges dont on ferait bien soupe — qui vous regarderait longue­ment depuis le fond de l’assiette — et puis vous hurlerait dans le silence bour­geois “mange moi” — ce serait comme jouir — comme. Je n’écrirais pas tout cela si je n’allais bien mieux ! Les gens croient tou­jours en la lit­téral­ité des réc­its qu’on leur fait. Ils désirent des nar­ra­tions pro­pres et “sincères”. Sincères ! Choses con­v­enues. petit a petit b. Petit a pour de bon ferait flip­per — assur­ance Lacan, harassée d’hérésie. Non, oui, non ! Oui ! je vais bien, si, avec mes yeux de courges et mes fatigues de petit garçon que le noir effraie — cela fait un mois que je n’ai dor­mi avec S*** et, tout dans tout, sa présence au long terme dépose en moi des consistances.

Ferme des yeux. Plusyeurs. Chaque orbite abrite plusieurs des yeux. Je veux dire : une armée d’yeux — Dieu désar­mé pleure l’œillet déchu de Sat­tan­tombé. Des yeux de dieu et du chu. Des yeux de droite, de gauche inex­térieur, des yeux de tombe ocre par­fumée de corian­dre, et l’oeil dans la soupe, mar­qué comme C. Des yeux cul­tivés et salaces, salades d’œuils en pagaille plein de poussins polis­sons à soulever les jupes des filles et se gliss­er dans le jeu con­tourné des cuiss­es de garçons. Nom de d’yeux !

J’avais, les yeux, fer­mé, ferme, les yeux fer­més. Ca ne tour­nait en ver­tige d’aucun réc­it audi­ble. Un nœud dans le labyrinthe, érigé. Anti-Bataille. Son Mino­tau­re n’est pas le mien. Je suis le Mino­tau­re, merde ! Point barre. Bataille bavarde. Moi, je ne dis rien. Mon plaisir. Le dire longtemps. Il n’y a, il n’y avait rien qui se dît. Ca tour­nait. Pas même mul­ti­ple. Juste une théorie d’yeux poussés au côté, poussins du dedans, comme une série d’Eve sus­citées par un yhwh taquin. J’aurais pu être une femme, alors. Je ne sais pas trop. Je crois qu’on en fait trop — être une femme, être un homme. On en fait trop. Iden­tités, réc­its, trop. On nous demande d’être sim­ples. La bonne blague. Et le gros men­songe. C’est mal, tu iras en Enfer — on ne ment pas aux enfants. La bonne blague ! J’aurais pu être une femme, peut-être. Ca n’a pas d’importance. Une pelure. Une iden­tité. J’identite, tu pelures, il peur, on pleurt, ça pèle au dedans. Et voilà. Charme bour­geois. Mon man­teau est déchiré depuis plus d’un an à la manche gauche. On en voit la dou­blure au tra­vers. La pelure déchirée désigne le dou­ble aupar­a­vant caché. Petit réc­it pro­pret. Auquel, qui plus est, au moins un peu, je fini­rais par croire. Bonne blague.

Nœnœil tou fémé. Mond ka touné vitvit. J’étais uni à mon pro­fil gauche ; et puis au cen­tre aus­si il y avait ça, dans un bat­te­ment. A droite les choses étaient plus com­plex­es. Ma main droite est sèche — c’est elle qui tient la souris tan­dis que je me bran­le. Mais à gauche, cela était pro­fil, et le pro­fil cen­tral aus­si, le pro­fil cen­tral essayait d’être homme-femme comme ça, sans découpe, sans sexe sinon dans les pul­sa­tions gauch­es du bas-ven­tre — je ne se bran­lait pas, la mas­tur­ba­tion mène en Enfer, tout comme la pornogra­phie et le tra­vai salarié. C’était régres­sif. Gauche cen­tre et la droite qui dit merde, je t’emmerde pro­gres­siste d’en-gauche avec tes rêves col­lec­tivistes mouil­lés. Poli­tique­ment régres­sif. Le sans-som­meil a de ces tours, parfois.

francis-bacon-selfportraitYeux fer­mé, ça n’a pas duré. Iden­tité. Hop, fini, ordre et canaux pro­pres. Dit des peurs : tu n’es qu’un bour­geois — ce sont mes peurs qui le dis­ent. Ach ! cess­er de croire aux réc­its de moi que me font les autres — lézôtres — ter­ri­ble lézard minoen qui rôde dans les cor­ri­dors des trans­gres­sions nar­ra­tives. Un coup de dé jamais n’abolira ces lézards (je sais, je sais, c’est désolant — Bataille au moins osait le fan­tasme scat­ologique, ça te per­me­t­tait de jouir à moin­dres frais — Bataille est com­plaisant et fasciné, et arrêté au bord de son gouf­fre — là où ça jouit de n’en pas finir de mourir à soi). Bah ! je joue chaque nuit avec les sol­dats romains les pelures d’un autre que j’ai peur de regarder en face. L’odeur du sang donne aux pâquerettes une teinte rosée de pamplemousse.

Bacon man­i­feste une phénoménolo­gie du moi crémeux, un regard qui n’éventre rien de ce qui n’est déjà évis­céré — le moi organique, que Picas­so, qui ne m’émeut que très rarement, ne con­naît guère. Bacon, auquel me mène ceci — qui ne dura qu’un instant étoilé en par­tic­ules fugaces, con­tin­gentes en leur diver­sité sinon leur con­sis­tance, dans sa col­li­sion avec le mur labyrinthique de l’écriture — Bacon sait la ten­dresse des croix — ne se paie pas de mots — mais de couleurs, de formes, de pâtes, de rages pré­cis­es pour dire ce qui se dis­sout — bien sûr que c’est vio­lent, la vio­lence dis­sout. Ce n’est pas la paix. Mais c’est juste. Presque ten­drement. Oui, non sans ten­dresse. Dés­espérée. Diverse­ment désar­tic­ulée des iden­tités. Organiquement.

Fragments d’éros – Nope, pas de pornographie

Rem­plis­sez-moi ! C’est ain­si sou­vent qu’à vingt ans l’on désire. Rem­plis­sez-moi. Dîtes-moi, non, mon­trez-moi que je suis l’objet de votre désir. Prou­vez-le moi. Prou­vez-moi ! prou­ve-moi que tu peux être le dieu qui me don­nera à moi-même, la divinité qui me lais­sera enfin achev­er cette pénible con­struc­tion d’enfance et d’adolescence – c’est tout comme –, celui qui me com­plètera, accep­tant enfin sans restric­tion que je l’aime, absorbant avec bien­veil­lance et amour ces méga­tonnes d’amour que je ne parviens pas à dévers­er, qui n’ont jamais été reçues, ou si mal, et que j’ai besoin de dévers­er, oh,tant !, et d’offrir à nou­veau, et de voir accep­tées, pour me sen­tir entier, allez, laisse-toi aimer !

À vingt ans, oui, sou­vent, l’on désire ain­si. Longtemps après aus­si, parfois.

À par­tir de 25 ans, lorsque l’influence de la pas­sion-JCh s’est faite un peu plus dis­crète, je me suis trou­vé con­fron­té, mas­sive­ment, à ce désir-là. C’est avec B. que je l’ai exploré. Com­plexe de Pyg­malion inver­sé[1] , je l’appelais alors : je voulais être la stat­ue que l’on mod­èle, je croy­ais vouloir appren­dre, je désir­ais accéder aux plus hautes sphères de la con­nais­sance et de la maîtrise. Mais au fond, je résis­tais ferme à toute espèce en mise en forme, n’étant de tout façon pas dans la con­di­tion pour réelle­ment appren­dre. Pour cela, il aurait fal­lu que je parvi­enne à m’oublier un peu moi-même. 

Je me vivais de trop con­fuse et pénible façon pour cela ; à rechercher la clef de la toute-puis­sance, on se coupe du cœur de tout appren­tis­sage authen­tique : la pos­si­bil­ité de devenir autre. Non que je ne l’aie voulu ! C’était tout sim­ple­ment impos­si­ble, tant mes fonc­tion­nements men­taux et émo­tion­nels étaient coincés dans une dynamique de défense, qui avait pu avoir son rôle, jadis, mais n’était plus qu’une gêne alors même que les stim­uli qui l’avaient déclenchée avaient depuis longtemps dis­paru. Entre tant d’autres choses, je recon­nais à B. d’avoir sou­ple­ment résisté à cela durant trois longues et belles années. D’avoir con­tenu par­fois douloureuse­ment pour nous deux ma soif de signes d’amour et de ten­dresse – soif exigeante, traduite en deman­des per­ma­nentes, dont le prin­ci­pal résul­tat est en général d’obtenir le con­traire de l’objet req­uis — surtout avec ce zozo-là ! 

De mon côté, il m’aura fal­lu notre assez boulever­sante rup­ture pour com­mencer à saisir quelque chose de la pos­si­bil­ité d’une toute autre façon de ressen­tir les choses – j’avais 28 ans. C’est le point d’entrée d’une évo­lu­tion dont je n’ai pas encore achevé l’histoire, je pense. Elle se jalonne notam­ment d’une série d’essais psy­chothérapeu­tiques, qui n’ont abouti qu’en 2007 avec T., au terme d’une fort belle tranche – et « l’Inde » en dif­fi­cile toile de fond – pour enfin com­mencer à me sor­tir de la con­fu­sion émo­tion­nelle et affec­tive par­fois extrême de toutes ces années. 

Désor­mais, je n’attends pas d’une rela­tion qu’elle s’inscrive dans le cadre du Pyg­malion, en un sens ou en l’autre – ce qui exclut tout lien du type éraste/éromène, tel qu’il fut au cen­tre de la for­ma­tion psy­cho-socio-poli­tique du jeune homme grec… ces choses-là demeu­rant cepen­dant claire­ment encore de l’ordre du matéri­au fan­tas­ma­tique. Je n’attends d’ailleurs pas d’une rela­tion amoureuse qu’elle comble toutes mes attentes, comme pour­rait le faire l’apparition d’un dieu, le Graal, l’Esprit Saint ou le retour dans le ven­tre et l’amour de ma mère – pour autant, mal­gré moi, quelque chose d’une telle envie se man­i­feste tou­jours dans le jeu des désirs, par temps de grande fatigue, ou de déprime, ou encore lorsque cer­taines choses d’enfance affleurent ; alors se fait évi­dente la qual­ité de cette énergie que l’on ren­con­tre dans le désir pas­sion­né pour un (ou une) autre, de con­quête de soi tout autant que d’égarement. Je le sais, désor­mais : les méan­dres de la rela­tion amoureuse font par­tie inté­grante de l’existence, et ne sont pas plus à rechercher qu’à rejeter. La ques­tion n’est pas de savoir si mes attentes seront comblées ou non, mais bien plutôt de con­tin­uer à me libér­er de la néces­sité d’avoir à m’inquiéter de leur comble­ment. Comme le reste, cela peut être util­isé pour grandir – ou se détru­ire. Je sais aus­si qu’on n’aime bien qu’à s’oublier soi – atten­tion : s’oublier, ça n’est pas se renier ou revendi­quer un sac­ri­fice, rien de plus égo­cen­tré que cette volon­té de sac­ri­fice revendiquée dans l’amour, sauf à la ren­dre aus­si extrême que celle d’une Simone Weil (la philosophe). Et que je ne sais pas encore vrai­ment bien aimer. Mais je ne m’en cul­pa­bilise pas. J’y reste attentif. 

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  1. On pour­rait dire aus­si qu’il y va d’un aléa dans la for­ma­tion du nar­cis­sisme sec­ondaire. Berg­eret m’a beau­coup aidé à rec­oller quelque chose du savoir psy­ch­an­a­ly­tique sur mon pro­pre cas, toute détes­ta­tion de cette mal­hon­nêteté intel­lectuelle et morale insigne mise à part, qui lui laisse étay­er de façon cryp­to-catholique-rance les posi­tions vat­i­canes sur ce qu’il appelle le pré­con­scient génial de Freud – dans un dis­cours dont la struc­ture con­ceptuelle est éminem­ment plus théologique que psy­ch­an­a­ly­tique dès lors qu’on en arrive à ses jus­ti­fi­ca­tions ultimes. ^

Premiers onanismes

Aver­tisse­ment : Ce post auto­bi­ographique con­tient des descrip­tions d’actes sex­uels me con­cer­nant. Je ne le pense pas pornographique (mais c’est affaire très très rel­a­tive), mais il est décon­seil­lé à quiconque n’est pas à l’aise avec sa sex­u­al­ité ni celle des autres. Et je ne le recom­mande cer­taine­ment pas à ma famille — il est peu prob­a­ble qu’elle me lise mais sait-on jamais. Je suis assez con­tent de l’avoir écrit : 7 ans plus tard, je réalise que cer­taines des choses que j’y évoque ne sont plus aus­si fraîch­es — un peu d’eau a dû couler sous les ponts.

[su_spoiler title=“Premiers onanismes”]Ma sex­u­al­ité a été pré­coce. Le corps a ses raisons, etc. Bien sûr, au vu de ce que j’ai rap­porté plus tôt, elle est longtemps restée con­finée à l’autoérotisme. Le reste est sans doute banal, je ne sais pas — j’ai longtemps eu l’intelligence cor­porelle d’un mel­on : en tranch­es pour être dégusté en famille. 

J’ai été ce qu’on appelle un enfant bal­anceur : durant toute mon enfance, et jusqu’à la fin de l’adolescence, il m’a été impos­si­ble de trou­ver le som­meil sans osciller plus moins vio­lem­ment de côté dans mon lit – côté droit essen­tielle­ment. Du coup, j’ai naturelle­ment trou­vé mes pre­miers plaisirs par frot­te­ment de bas ven­tre sur le drap de dessous. Tout ça a com­mencé vers 10 ans, je pense, bien avant ma pre­mière érec­tion. La sen­sa­tion en est assez voluptueuse, dif­férente de ce qu’on obtient avec la main, et l’évoquer n’est pas sans en réveiller l’excitation, assez dif­férente de celle qui me prend lorsque sur­git tel ou tel fantasme. 

Je me frot­tais donc avant de m’endormir, quo­ti­di­en­nement, sans avoir au départ la moin­dre con­science que je me procu­rait ain­si un plaisir sex­uel : c’était agréable, voilà tout. Puis, à voir sur­gir les pre­mières érec­tions, le pre­mier orgasme – vers 12–13 ans – la nature du type d’activité dans lequel j’étais engagé s’est pour le moins éclair­cie – non sans quelque cul­pa­bil­ité, ou pudeur, tout était déjà con­fus. Mais ce frot­ti-frot­ta était pour le moins suc­cu­lent, et je n’aurais pu, ni voulu, renon­cer à ma séance quotidienne ! 

La pre­mière éjac­u­la­tion fut plus tar­dive – tout comme ma puberté, vers 14 ans révo­lus – ; j’en garde un sou­venir… qua­si-sci­en­tifique ! C’est arrivé pen­dant une mas­tur­ba­tion en bonne et due forme, cette fois, à la main, donc. Cela n’a pas changé grand’ chose à la sen­sa­tion ; s’y ajoutaient sim­ple­ment quelques ml de sperme. Ah ! tiens, c’est ça !, j’ai pen­sé, sans plus, et avec le désagré­ment, désor­mais, d’avoir à pro­téger mes draps lors de mes séances de frot­te­ments – neces­si­ty makes inven­tion, je m’inventais toutes com­bi­naisons de mou­choirs en papi­er, dont j’étais fourni en abon­dance, en bon enrhumé chronique de 4 à 17 ans.

Toutes ces activ­ités noc­turnes furent bien­tôt tra­ver­sées d’images. Pas grand-chose de net, au départ. Un homme et une femme, une péné­tra­tion – je con­nais­sais l’anatomie du coït sur le bout des doigts, si je puis dire (même si j’ai longtemps cru qu’on ren­trait, qu’on s’installait, et qu’on attendait que ça se passe :o)). Ce n’est que bien plus tard – après JC pour tout dire, voir post précé­dent – que j’ai pu remar­quer à quel point ces images fai­saient porter l’accent sur la péné­tra­tion, well, surtout sur la rigid­ité mas­cu­line, solide érigé s’implantant en corps de femme, tout au plus faire-val­oir et récep­ta­cle plus ou moins trans­par­ent – sans par ailleurs de dégoût, de mépris ou d’idolâtrie pour les femmes en général : elles exis­taient tout sim­ple­ment peu dans mes fan­tasmes. Je me suis… nour­ri, comme beau­coup, de ce qu’on trou­vait dans les films – cer­taines scènes d’Excalibur m’avaient par­ti­c­ulière­ment mar­quées. Mais tout aus­si impor­tants furent ces réc­its qu’on se fait entre copains, des années col­lèges au début, des années lycées ensuite. Pre­miers bais­ers yeurk avec la langue, pelotages, puis, pour les plus avancés, dès leurs 14 ans, pre­miers actes sex­uels – j’ai eu du mal à les croire, je pense même que je ne les ai pas vrai­ment cru, c’était trop loin de ce qui m’était acces­si­ble, je les pen­sais trop jeunes, fal­lait avoir au moins 18 ans, ou 16 ; mais le fait est cela m’excitait foutrement.

Plus tard, 16–17 ans (1 après JC, le Mot était entré dans mon exis­tence), décou­verte de ce bouquin d’initiation ses­suelle chez mes par­ents. Mais, à cette époque au moins, jamais de porno ni à la mai­son, ni chez les copains que je fréquen­tais – ou ils ne m’invitaient pas (faut dire que je pas­sais pour prude). De grands moments d’excitation s’attachent à ce vol­ume, qui ne me ferait sans doute ni chaud ni froid, aujourd’hui – et pis bon, c’était tout de même par­faite­ment hétéro. Pre­mière lit­téra­ture homo, plus ou moins éro­tique. Puis mes pre­miers Gai Pied. Et pre­mières revues porno. Etc. Mais là, j’avais déjà quit­té Saint-Nazaire pour Nantes et les class­es prépas.

Par­lant ici de ma décou­verte pro­gres­sive du sexe, je ne causerai pas de Mau­rice, le film d’Ivory, choc qui vint m’indiquer qu’assurément le Mot n’était pas un invité de pas­sage – c’est avec ce film que j’ai réelle­ment com­mencé à me dire que c’était ça que je voulais, ce type d’amour-là : ça son­nait comme une telle évi­dence — Mandieu ce bais­er ! Mais je dévie, mon sujet est résol­u­ment moins sentimental. 

Ma fan­tas­ma­tique fut donc assez riche­ment ali­men­tée. Elle était de nature qua­si exclu­sive­ment scopique : je n’apparaissais pas dans mes fan­tasmes, sinon comme regard dés­in­car­né assis­tant à une scène – par­al­lèle assez étroit avec la façon dont j’existais en spec­ta­teur de la vie des autres.

Cela dit, ain­si accom­pa­g­né, j’ai eu des mas­tur­ba­tions épiques, à peu près partout dans la mai­son, à l’extérieur, en voiture caché sous une cou­ver­ture, dans le train couchette, etc. Thème et vari­a­tions autour de cer­tains posi­tions – m’éjaculer dans la bouche, cul par-dessus tête est un plaisir que j’ai dû décou­vrir vers 18 ans, qui m’excitait beau­coup, surtout lorsque je par­ve­nais à faire tenir un miroir sur mes cuiss­es : voir, voir, voir, l’excitation de voir ! Jeu avec des miroirs, donc, devant des fenêtres ouvertes, dans des couloirs. Jeu avec des lacets aus­si, pour gon­fler les érec­tions, tir­er les couilles. Même essayé pince à linge sur tétons, mais zone si sen­si­ble chez moi que c’est plus désagréable qu’autre chose. Oh ! et puis les godes impro­visés : papi­er alu frois­sé com­pacté (je décon­seille lol), bout de bois sculp­té (oui, oui : un reste de vieux manche à bal­ais !), envelop­pé dans chif­fons et sac plas­tique, attaché à mes pieds par planchette et cor­don, pour sup­port­er les allers retours quand je m’asseyais dessus, con­com­bre, trop gros, carotte, pas mal ! Je dois en oubli­er… Et les trucs pour imiter un ori­fice à pénétr­er ! Ha ! Oui, je me sou­viens : coussins repliées, chif­fons enfournés dans – encore ! – sac plas­tique, et pomme évidée – sans intérêt.

Puis, plus tard, en salle infor­ma­tique à Télé­com, des nuits entières de cyber­sex – irc sous Unix en mode com­mande en ligne, voui Msieurs Dames, époque de pio­nniers, haha ! –, achevées sur mon­strueuses jouis­sances ivres épuisées, par­fois alors même que les infor­mati­ciens du matin s’étaient instal­lés devant leurs ter­minaux. Mais là j’avais 20–23 ans, et j’avais déjà con­nu le loup comme on eut dit, pudique­ment, dans ma famille pas pudique pour autant. 

Ni sauna ni boitac­ul encore : je détes­tais mon corps et serais mort de peur et de honte d’aller le con­fron­ter au désir brut de autres ; en out­re, on était en 1990, le cœur noir des années SIDA, années Piano Zinc, aus­si, et pour moi triste ving­taine, dont je par­lerai peut-être une autre fois. Tout ça m’a passé en fait, pro­gres­sive­ment, de 25 à 30 ans, en gros, dif­férem­ment selon les pra­tiques et leur rem­place­ment suc­ces­sif. C’était exci­tant tant pour la trans­gres­sion que pour la sen­sa­tion – sou­vent plus, même. Il y avait assuré­ment du libéra­toire là-dedans – et des orgasmes qu’en inten­sité sinon en félic­ité seuls ceux sous pop­pers ont pu sur­pass­er par la suite – mais beau­coup d’obsession : la jouis­sance mas­tur­ba­toire m’a accom­pa­g­née, de façon com­pul­sive par­fois, jour­nal­ière­ment sans dis­con­tin­uer au moins depuis mes 10 ans jusqu’à aujourd’hui. Je ne me sou­viens pas m’être jamais arrêté plus d’un mois, la moyenne de mes orgasmes étant de plus d’un par jour sur toute cette péri­ode – ce qui sig­ni­fie qu’il y eut des jours par­ti­c­ulière­ment fastes – et je ne par­le que des masturbations… 

C’est encore un peu envahissant. Mais les choses sont lente­ment en train de chang­er. Faut juste que je me dés­in­tox­ique de la pornogra­phie. J’en repar­lerai sans doute.[/su_spoiler]

Coupure

Nette envie ce matin de devancer l’appel — mer­cre­di, encore deux jours ! Besoin de con­tours et d’énergie. Encore fait n’importe quoi dimanche. Pas fait de yoga depuis longtemps. Cer­tain dégoût de moi-même. Ce sont les nerfs qui me tien­nent. Je sens moins mon dos. Je l’habitue à mes lunettes de rechange — les autres ont cassé au ciné­ma hier. Ailleurs qu’ici.

Relâchement

Ce matin — sen­sa­tion d’allongement dans la nuque et, en fin de mat­inée, une impres­sion de mobil­ité au niveau de l’inversion de cour­bu­re au bas des cer­vi­cales. Inédit. Net­te­ment perçu comme une con­séquence de mer­cre­di. Abdom­inaux très relâchés, en ce moment — mais l’impression que c’est ain­si que cela doit être. Bras peu habités, jambes assez présentes à la cir­cu­la­tion du mou­ve­ment intérieur.

Insomnies

Pas lâché hier soir. Lu jusqu’à 5:00 mal­gré la fatigue. Je pense que je ne dois pas sen­tir vrai­ment mon corps aujourd’hui. Rien qui se rat­tache à la séance de mercredi.