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Ancien jet lag

Écrit le 7/7/2013 – San Diego – FB

L’horloge-monde dicte tout à trac les tactiques de mes nuits tyranniques. Une carabine-insomnie française m’aurait assommée à 07:00, à 13:00 réveillé. Il est 04:00, San Diego ne se réveille. Moi si.

C’était convenu – la délégation française nous l’avait prédit, et ce corps poli qui d’un je s’anime dès qu’un Kliban y tombe en conscience, ce corps-moi si bizarre depuis les termitières rigoureuses de l’enfance, ce corps-là, oui, l’avait pressenti, et se l’était assigné peut-être aussi, dans sa gestion sans tact de la pinéale, où s’attache l’âme aux brisées du tryptophane.

Je vais aller respirer, boire, ronronner, relire les chants et les sorts qui plaisent aux mortels. (Le monde sera tout plein de tisseurs de sortilèges – nous saurons aussi y faire bonne figure, nous autres, apprentis Vänämöinen des champs géomatiques, druides gaulois au verbe soquioute – pliz! Cinq iou!).

Allez. T’is not nearly brillig. Going to stroke a tove and feed the borogoves.

Anniversaire

Depuis deux ou trois ans, j’ai un réel problème avec la célébration de mon anniversaire. Rien à voir avec l’âge – vieillir est pour le moment un processus plutôt rigolo. Mais je supporte de moins en moins d’avoir à me couler dans l’espace de normes qui en accompagne l’occasion, que ce soit la pression sociale qui exige de m’encombrer d’un surcroît de biens matériels qu’elle appelle “cadeaux”, ou les témoignages d’une affection le plus souvent de circonstance, sur les réseau sociaux, au travail, lors des dîners et que sais-je encore. J’accueille avec un malaise grandissant un fête qui se présente avec les atours de la célébration alors qu’elle n’est qu’un point de passage obligé et relativement vide de sens de la relation sociale.

Certes, c’est l’occasion de recevoir en une grosse bonne roborative fois des expressions d’I forget you not ; et c’est peut-être aussi, pour ceux et celles qui m’aiment, un moment choisi pour rendre hommage et affection à une partie privilégiée de leur monde ; voire pour moi encore l’occasion de célébrer leur présence et, plus profondément, l’occasion de me rappeler cette étrange chose que même il y ait “monde”[1] .

Mais pour le moment, l’émotion qui domine est l’agacement. Que fête-t-on là, au juste ? Et qu’attend-on en retour ? Mon plaisir ? Je dois encore me battre pour que l’on entende qu’il ne me plait pas de me plier à ce rituel à date fixe.

Le premier fond en est très égocentrique, bien sûr. Il ne me gêne pas en soi d’être célébré. Je suis surtout dérangé par l’aspect conventionnel de l’occasion et son déluge de conventions, définies par l’un de ces scripts qui nous dictent encore comment accueillir son collègue le matin ou ne pas aller trop loin dans les conversations mondaines. Souhaiter un anniversaire relève le plus souvent de la fonction phatique de la communication. Il y a là, pour le moment, quelque chose que je ressens comme intrusif, dans la mesure où un anniversaire ne se résume pas qu’à cela, du moins est-ce l’impression que j’en ai. Je me rends compte à l’écrire que j’en éprouve tout autant pour Noël, dont le côté moins personnel m’en rend la pilule possiblement moins désagréable (égocentrique, disais-je).

Il y a quelques années, n’existait que le rituel social et l’extrême dépendance psychosociologique où j’étais à son égard, indépendamment de besoins que j’aurais alors été bien en peine d’exprimer. Depuis quelques années – il faut croire que je mue-, je renâcle à sacrifier aux dieux de la cité. Si j’écoute mon désir, me souhaiter mon anniversaire, ce serait me permettre de m’inscrire dans l’espace affectif du célébrant et me laisser un chemin pour m’inscrire en le sien. Une occasion amoureuse, somme toute, plus qu’un rituel social.

C’est orgueilleux et socialement idiot, bien sûr, et j’ai lancé déjà les travaux de métabolisation de ces émotions – les laisser passer, cesser de croire qu'”anniversaire” serait quelque chose qui me concerne au point d’avoir à en priver de l’occasion ceux et celles à qui prend l’envie de me le souhaiter, qu’elle qu’en soit même la raison. Demain, je voudrais juste que cela devienne le non-événement de la célébration simple de ce qu’il y ait un monde.

Juste là, pourtant, tous ces sentiments pleins de moi-moi-moi sont très actifs, et je me laisse agacer par ce que je ressens nettement comme autant de demande intrusives de remerciement des gentillesses que l’on s’imagine me faire. Le plus souvent, j’ai fait bonne figure, histoire de ne pas trop froisser, mais j’ai peiné quelques proches et oublié, cette année comme la dernière, de fêter l’occasion avec mon cousin, né le même jour. Tout cela est dérisoire, pénible et intéressant tout à la fois. Je me demande quelles lubies vont encore me prendre, dans les temps qui viennent.


  1. Nonobstant Heidi, je me sens et me crois de moins en moins jeté au monde. C’est plutôt le monde qui, comme monde, est déplié en, pour et par (moi), et contient un “moi” Kliban totalement contingent, de la nature des reflets et des moirées. Ce que (je) suis là-dedans relève, stricto sensu, du mystère. ^

Image : Fernand Khnopff, I lock my door upon myself, 1891, Huile sur toile, 72×140 cm, Neue Pinakothek Munich. Source : Wikimedia Commons

La Môme Saison

She’s back, la drôlesse, la ghoulette à bicyclique, la petite ogresse des seuils saisonniers et des fronts chauds-et-froids intimes qui me fait péniblement tourner sur mes gonds le long des charnières grinçantes de l’hiver.

Remarque, elle n’a pas la même guise au printemps qu’en automne. Elle vient deux fois l’an, dans l’ivresse des feuillages. Sous la bonhomie des frondaisons rousses, c’est une faiseuse de zombies. Fille des lumières mourantes, elle se nourrit des espoirs de coin du feu dans la morsure des premières fraicheurs. La croissance de l’aboulie n’est mise en défaut que par excès régulier de lumière, d’octobre à février. Je m’y contrains à luminothérapie – et c’est souverain.

Mais au printemps s’annonçant, début mars bourgeonnant, elle me suscite des sensations d’énergie renfermée, électrique, zébrée de vertiges et impuissante à trouver chemin de sortie, des sentiments d’à quoi bon et de vers quoi d’autre encore, un esseulement parfois intense, que seule pourrait combler la magie organique de miracles orgasmiques dont je sais incapables la plupart de mes contemporains, moi compris – tu sais, quand l’orgasme est une chose sérieuse, répétitive, scriptée, et parfaitement ennuyeuse. “La chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres”. Tout ça. Je dors plus mal encore qu’à l’habitude malgré des journées épuisantes. Je tombe malade. Plus jeune, rhumes et angines à répétition. Avec l’âge : grippe et bronchites. Allez. M’astreindre à sortir marcher. Entre drive créole et prophylaxie hygiénique.

La drôlesse rythme ainsi mes années, depuis l’enfance. D’autres lui résistent mieux, dirait-on. On la connaît mal. La garce s’avance masquée. Je ne l’ai reconnue que tardivement. J’en ai laborieusement attribué tout d’abord les symptômes à la névrose – elle fut réelle, mais de quelques ordres de grandeur moindre que ce que je pensais : les soignants que j’ai lus et rencontrés cultivaient une ignorance certaine des déterminants organiques du mal-être, et n’auraient jamais accordé d’intérêt, sinon de plate psychanalyse, à l’insistance de la Môme Saison à réclamer leur écot aux vitalités des plus trombones-à-ressort d’entre nous.

En attendant. Bordel de piano à queue. A l’automne, c’est no man’s land. Au printemps, waste lands. Je ne vis plus que sur mes habitudes. Et elles sont vides.

...

Gustav Klimt, Oberösterreichisches Bauernhaus, 1911, huile sur toile, 110 x 110 cm. Source : Wikimedia Commons.

Harcèlement scolaire

Reportage sur le harcèlement, sur France 2. Je n’ai pu le voir, mais on peut en trouver des extraits sur le site Harcèlement scolaire. Des témoignages peuvent heurter.

Je n’ai jamais été harcelé au point décrit par ces témoignages. Ce n’est pas passé loin. J’ai toujours réussi à éviter le harcèlement physique. Et j’étais trop spécial, à part, lunaire et retiré pour que le harcèlement psychologique prenne. J’avais (très très) peu d’amis et faisait scrupuleusement attention à éviter les lieux et places où j’aurais pu rencontrer quelques tourmenteurs bien connus. Ce n’est pas allé sans sueurs froides, changements d’itinéraires, stratégie de disparition dans la foule des élèves. Bizarrement, à part quelques crachats, je n’ai jamais connu rien de grave et ai toujours trouvé des gens pour me défendre dans les cas qui auraient pu dégénérer. Tout ça s’est calmé au Lycée. Rétrospectivement, je mesure ma chance.

Mais…


j’ai participé à un harcèlement.
C’était en CEx (x=1 ou 2, je ne me souviens plus). Voici l’histoire telle que je m’en souviens – c’est flou, ma mémoire est terrible, certains détails peuvent être interpolés largement, mais l’essentiel, je n’ai pas oublié.

Nous étions quelques uns à être au ban de la Sale Petite Société des Merdeux (car les enfants en troupes sont des merdeux, autant que les adultes, je l’ai appris jeune et ne l’ai jamais oublié. Nos-chères-têtes-blondes, c’est aussi et très facilement Lord of the Flies). Je m’en prenais plein la tronche aux récrés. Je n’étais pas le seul. On réussissait à jouer ensemble, les timides et les sensibles, quelques uns, j’ai souvenir de quatre ou cinq, sans qu’on vienne trop souvent nous emmerder.

Il y avait parmi nous une petite fille aux cheveux en bataille, raides et mi-longs, et aux blouses à carreau ternes. Elle venait probablement d’un milieu assez pauvre. Elle n’était pas brillante intellectuellement, mais je me souviens de quelqu’un de très gentil. Ils l’appelaient “La Pouilleuse”. Nous étions quelques uns, peu, à prendre sa défendre, plus ou moins, on avait peur des voies de fait (c’est fou ce que c’est tendre, des gamins de 7-8 ans).

Et puis un jour, comme pour plaisanter (en fait au début pour plaisanter, parce que j’étais capable de m’affubler des noms dont on me dotait, ça me permettait de les exorciser), je me suis mis à user envers elle du même langage que ses tourmenteurs. Brièvement. Comme pour de rire. Et petit à petit à jouer à “je te traite, je m’excuse, je suis gentil un temps durant, je recommence, etc.”. A, oui, à y trouver un certain plaisir : je n’étais plus tout en bas de la chaîne alimentaire. Et elle, elle ne ruait pas dans les brancards, pas du tout : un mot d’elle, un pleur, quelque chose, m’auraient arrêté net ; mais il n’y avait qu’une forme de mutisme, ou des demande moins appuyées, et j’arrêtais alors un ou quelques jours pour recommencer le lendemain ou la semaine suivante. Bizarrement, mon empathie, pourtant déjà vive sur toutes ces situations de contraintes faites à autrui, était comme démobilisée – se remobilisait par à-coup, puis était éclipsée par le plaisir de ce nouveau jeu.

Dans ma tête, je m’excusais en me disant que c’était de l’humour. Et comme elle revenait vers moi, j’y ai cru – joli cas de “mauvaise conscience”. Au fil du temps, c’est devenu juste drôle de jouer avec ses réactions, outre que ça me défoulait de la tension sociale créée par les Gentilles Têtes Blondes sur nos existences pendant les récrés. Au fond, c’est comme si elle était pour moi dédoublée. Un souffre-douleur qui était aussi une “amie”, qui me rendait ce service d’être un souffre-douleur. Mais c’est moi qui l’était, dédoublé. Une sale schize. Une relation totalement perverse. J’avais une “amie”, que je pouvais tourmenter à demi, pensant me dédouaner à ses yeux et au regard de mes propres valeurs grâce à la pauvre défense que je lui offrais par à-coup quand les autres devenaient trop odieux – et s’ils l’étaient bien bien plus que moi, quand ça leur prenait, en pareille histoire, ce n’est pas la quantité qui compte. Elle n’avait pas la ressource, ni émotionnelle, ni intellectuelle, pour encaisser ça – et qui l’aurait eu ? c’était juste… profondément répugnant.

Je ne sais pas combien de temps ça a pu durer. Moins d’un an, je pense. La trahison a dû être monstrueuse, pour elle.

Je n’ai vraiment compris ce que je lui faisais qu’au jour où elle s’est finalement et pour de bon éloignée. Où elle s’est faite distante. Où nous ne pouvions plus jouer ensemble. Où il était trop tard. Où “Je m’excuse” ne marchait plus. L’année suivante, elle n’est pas revenue. Les instituteurs ne nous ont rien dit. Je n’ai jamais su ce qu’elle était devenue.

Je n’ai jamais oublié. Très vite en est né un sentiment de culpabilité et de honte mêlées. Un temps sous le boisseau – ma vie à l’époque était assez pénible, en dehors de ma maison et des salles de classes -, il a vite resurgi dès que j’ai entendu parler de faits similaires. Je n’ai jamais pu minimiser rien de tout ça, et je ne suis jamais parvenu à me le pardonner à mesure que je comprenais mieux ce qui s’était passé. Il est possible que ma mémoire très sélective amplifie ces événements, mais je n’ose pas le croire.

Je suis plutôt un gentil – c’est ce qu’on dit. Mais j’ai appris tôt qu’un gentil, correctement conditionné, dans certaines circonstances, ça peut devenir une raclure.

D’après un mien commentaire posté sur FB le 11/02/2015.

Image : Source

Kant vs Diderot

Diderot n’avait pas une pensée à proprement parler, mais il avait la capacité de faire jaillir la pensée. Il suffisait de lui donner une phrase, une interrogation. De là, s’il se laissait aller à son automatisme impérieux, Diderot pouvait parvenir n’importe où. Et, dans ce trajet, découvrir beaucoup de choses. Mais il ne s’arrêtait pas. Parce que ce n’était qu’un passage, une accroche parmi tant d’autres. Diderot était le contraire de Kant, qui devait légitimer chaque phrase. Pour lui, chaque phrase était infondée en elle-même, mais acceptable si elle poussait à aller plus loin. Son idéal était le mouvement perpétuel, une vibration continuelle qui ne permettait pas de rappeler d’où l’on était parti et qui laissait le hasard décider si point ou s’arrêter.

Me dessinant en disciple de Serre, Laruelle me disait parti à surfer sur l’encyclopédie, tandis qu’un bref ami canadien croyait voir en mes associations folles un peu de l’esprit de ce Diderot que décrit Roberto Calasso dans cet extrait des premières pages de La folie Baudelaire[1] .

Je suis encore transi, pourtant, des idéaux d’une pensée “à la Kant”. Cela me paralyse et restreint mes déploiements, jusqu’à ne parvenir à n’oser le cabotage génial pas plus que les navigations hauturières. Il me faut la longe d’une parole initiale, et, souvent, un dédicataire. Il me faudrait aussi intégrer la contradiction entre ce que je peux et ce que, de l’admirer, je veux et fais norme des récits à engendrer. D’où que tout reste encore à faire – Kant ou Diderot, l’idéal de stabilité verticale ou la facilité transversale. Cultiver les deux ne m’est pas spontanément donné, il y faut une autre et plus vaste intelligence.


NOTES :

  1. Roberto Calasso, La folie Baudelaire. Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro. Paris : Gallimarsd, 2011 (folio 5846). p. 19. ^

Image: Barthelemy d’Eyck, Livres dans une niche (Fragment du panneau gauche du Triptyque de l’Annonciation d’Aix), vers 1442-1445, huile sur bois, 30 cm x 56 cm, Reycksmuseaum.
Source : Wikimedia Commons.

L’esprit de division

D’accord pas d’accord
(et le cortège assourdissant des raisons et des justifications – y compris celle de “c’est humain”)
Il y a quelque chose que je sens ne pas fonctionner dans notre façon de gérer les groupes humains (morale et politique).
Mais je ne parviens pas à mettre le doigt dessus.
Comme si toute parole y était _fondamentalement_ fausse ou aveugle ou erronée ou inappropriée.
Comme si c’était le lieu du moins de clarté.
Comme si c’était le lieu de la guerre.
Comme si tout s’y résumait à la défense d’espaces de confort.
On peut s’en contenter. On peut même le justifier.
Mais je n’y arrive pas.
Et je ne comprends pas pourquoi il en est ainsi. Ni si même il doit en être ainsi.
Peut-être sens-je assez vivement la mort de l’universel – idée creuse sans incarné désormais.
Je ne sais pas.
Je sens l’esprit de division.
L’esprit de guerre.

Je n’y comprends rien.

Ne pas y succomber. Demeurer droit dans ce lieu incertain.
Ce n’est qu’un lieu.

FB – 10/01/15

Image: Henri-Camille Danger, Fléau !, 1901, 180,5 × 144,5 cm, huile sur toile. Musée d’Orsay, Paris.

Discours scientifique et militant

Le discours du militant est forcément dirigé vers la démonstration de ce qu’il croit bon pour la société. C’est pourquoi il opère des choix entre divers arguments et prend des raccourcis pour aller vers des conclusions qu’il veut évidentes, en caricaturant les faits pour susciter plus sûrement l’approbation. Le militant exagère par vocation, comme fait souvent le chercheur par nécessité, mais lequel trompe le plus la population ? Ce qui importe c’est la possibilité de contradiction, laquelle se limite au cercle étanche des spécialistes pour le discours scientifique tandis que le militant d’une cause se heurte toujours, et dans la transparence sociétale, aux militants d’une cause adverse.
Tout ça pour dire que (…) l’argumentation contradictoire ouverte à tous est le meilleur gage de l’intelligence.

Jacques Testard – avril 2008 – quelques corrections de coquilles.

Image : Keith Haring – Double retrospect jigsaw puzzle.

Charlie

Ce n’est pas un jour faste. Il y a eu un attentat. C’est l’essentielle presse satirique et irrévérencieuse et ses acteurs qui en furent les cibles, qui en sont les victimes. Ce sont aussi l’idée républicaine, et l’Islam, déjà pointé du doigt en amont de toute preuve.

Ayant peu de goût pour l’émotion collective, je me garde d’aucun commentaire. Il y en aura assez dans les semaines à venir. Jusqu’à ce que le soufflé retombe.

Mes deuils ne sont pas d’aujourd’hui. Nous sommes d’une famille qui sait le cœur noir du politique et la malignité des hommes prompts au meurtre. Besoin de respirer.

Je regarde encore d’étranges et plaisantes vidéos, telle cette ritournelle picturale. Tilt-shift et time lapse des pays du Nord.
Echappées.

Image : Abstraction by arturgrigoryan. Source.

Démon du solstice

Solstice en approche. Les temps sont âpres. Peu et mal dormir, ruminer sur des invraisemblables, tout voir en gris violent, se disperser, attendre le Messie ou le prince charlatamant, se réjouir d’avoir pu faire une lessive, se sentir ivre de lassitude rêche, fonctionner en mode automatique full of noise and fury, être accordé aux nouvelles tristes de la chaudière-monde, détester l’Occident comme seul un occidental le peut, se sentir impuissant, croire encore aux mascarades du mésordre social, s’imaginer être quelqu’un, s’imaginer savoir quelque chose alors que l’on s’ignore soi-même, s’imaginer qu’il est plus important de savoir que de connaître, multiplier les expédients, fuser en sachant l’absence de rime et raison, être une turbulence de plus dans le flot anomique, percevoir l’écart sans savoir le combler, être le jouet des normes, avoir la tête en coton et l’émotion facile, ricaner, pleurer, s’apitoyer, rire vite et fort, sentir le faux, là, ici, partout, ne plus être en pouvoir de discerner. Monde réduit aux spectres électriques se combattant tous pour les bouts de conscience qui leur sont accordés.

Jouet, l’hiver, du démon du solstice.

D’après FB – 14/12/2014
Image : Vrubel. Démon déchu. 1901. Crédit : Cathy Locke.