Category Archives: Phinasseries

Philoso­phies et baliv­ernes savantes.

Relation — essence

Idées en vrac. Sché­ma­tiques pour moi-même. 

Réelle émer­gence pra­tique d’une logique des rela­tions con­tre une sur-essen­tial­i­sa­tion des phénomènes — soci­aux, biologiques, physiques. Prémiss­es théoriques dans les années 70 — appro­fondisse­ment en début du siè­cle XXI. L’image théorique du monde dépend de la façon dont nous con­cevons le social (cette idée à très cer­taine­ment déjà été énon­cée et théorisée) — 70s : crise économique et remise en cause des rap­ports tra­di­tion­nels être généra­tion et, en ébauche, des gen­res ; appro­fondisse­ment de la décoloni­sa­tion ; 10s : crise finan­cière et remise en cause des rap­ports de genre et, en ébauche, de la dom­i­na­tion occi­den­tale. Dans les deux cas, émer­gence d’un côté de logiques rela­tion­nelles (post-mod­ernisme struc­tur­al : la géométrie comme mod­èle ; neo?-pragmatisme empiriste : les pro­ba-stat comme mod­èle) et réac­tion de l’autre, dans une recherche réac­tion­naire d’essentialisme — le grand réac est celui.celle dont la sen­si­bil­ité le.la pousse à saisir les prob­lèmes de fond sus­cités par les muta­tions et à y répon­dre par cette fig­ure de l’essence qu’est l’invariant cul­turel délivré par une image antérieure du monde, sou­vent fan­tas­mée.
La rela­tion insiste sur un faire tran­si­toire et tran­si­tif. L’essence val­orise les sché­ma de répéti­tion et de réplé­tion. C’est grossier bien sûr — juste pour indi­quer des polar­ité opéra­toires.
De là, envis­ager des posi­tions d’essences his­toriques et des rela­tions essen­tial­isantes, de façon locale par exem­ple ; c’est de dialec­tique sim­ple, tou­jours déjà en jeu dans cha­cune des pos­tures. Il n’y a pas de syn­thèse théorique pos­si­ble — ni de dépasse­ment. Attracteurs trop puis­sants. Juste des engage­ments con­tin­gents fac­teurs de néces­sités locales — de mon­des. Il serait pos­si­ble de dual­yser tout cela (Laru­elle) — lev­ée des engage­ments et pro­duc­tion d’une parole, bavarde encore, qui en man­i­festerait, pour les engagés, des lignes de dégage­ment, con­formes enfin aux pro­jets ini­ti­aux, mais sans sujet insti­tu­tion­nal­isé pour les men­er à bien. 

(Trop formel sur la fin. L’objet ini­tial est per­du dans la ras­sur­ance de ce qu’il faut bien appel­er une méth­ode — qui se le sub­or­donne de façon adven­tice.)

FB 28/05/14

Guerres du vrai

Le “vrai” en philoso­phie est aus­si une arme de guerre, d’extraction logique et métaphilosophique, mais d’usage rhé­torique pour couper la chique à ses adver­saires. La non réflex­ion sur le statut prag­ma­tique du vrai — plus encore que sur sa forme — aboutit à des dia­logues de sourd dont l’accent est avant tout poli­tique et bien peu théorique. Le refus d’une réflex­ion métaphilosophique — ou sa réduc­tion à quelques injonc­tions à faire de la _bonne_ philoso­phie — relève, de façon non exclu­sive, de la rouerie, de la paresse, d’une étrange céc­ité, ou encore, hor­resco ref­er­ens, de l’orgueil du would-be dom­i­nant(*).

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(*) La propen­sion du philosophe à œuvr­er à obtenir une forme de dernier mot — que je con­nais, oh, si bien ! — sera ver­tu ou vice selon les final­ités des guer­res en lesquelles elle est engagée, et sa capac­ité à les con­cep­tu­alis­er. L’orgueil rompt la pos­si­bil­ité de métaboli­sa­tion, et fait du philosophe un poli­tique dom­iné par la com­posante désir­ante du con­cept — aux dernières théories, nos capac­ités d’argumentation seraient dérivées d’une pres­sion de sélec­tion non à savoir mais à con­va­in­cre : la philoso­phie serait, mutatis mutan­dis, tout comme la quête spir­ituelle, en un cer­tain sens (celui d’une ligne énergé­tique­ment coû­teuse vers un équili­bre local éloigné) con­tre-nature.

Identité = guerre

Nul besoin d’identité en temps de paix. Nul besoin de se pro­téger au point d’endosser les habits de tel ou tel moine comme s’ils étaientsoi. La guerre crée le soi col­lec­tif des iden­tité — là où est ce type de soi est aus­si la guerre — là où est la con­tes­ta­tion de ce type de soi est aus­si la guerre — la con­tes­ta­tion ! C’est elle qui forge ces soi affairés à se con­stru­ire les défens­es de l’identité, qui sont celles de l’empowerment. Soi sans iden­tité, sans reven­di­ca­tion, dans la flu­id­ité sans retour sur soi — cela n’existe que dans la paix la plus pro­fonde, celle qui vainc jusqu’aux offens­es de l’éducation même.

Icônes

À un ami qui sur FB avait posté ceci :

icônes
(The Bena­ki Muse­um — Athènes)

Toute icône cap­ture un com­plexe de regards. Celui du Christ, du Saint, de la Vierge, etc. sur le spec­ta­teur, mais aus­si celui du pein­tre sur le regard du Christ, celui, plus large, de l’attente sociale cod­i­fiée à l’extrême dans l’art du pein­tre, dont la lib­erté joue dans les nuances infimes du code pour ren­dre ce regard sen­sé exprimer non pas l’âme indi­vidu­elle du por­traituré, mais l’essence de la tran­scen­dance, invis­i­ble donc, et pour­tant incar­née. Tout dans l’icône tourne autour de ce silence porté par un regard — une rela­tion per­son­nelle — émis depuis l’impersonnel, réver­béré dans l’art de l’artiste engagé dans la lib­erté _ver­ti­cale_ que lui autorise l’extrême cod­i­fi­ca­tion.

Ce qui est pour nous par­fois dif­fi­cile à com­pren­dre : nous avons une lec­ture désor­mais hor­i­zon­tale des oeu­vres, lec­ture inscrite dans la diver­sité du monde, des con­cepts et des choses. L’icône, en revanche, ne se laisse je crois saisir que dans le trou d’épingle de l’absolue lib­erté portée sur le tis­su des lib­ertés tou­jours rel­a­tives dans lesquelles nous nous mou­vons. En ce sens, elle n’est pas sim­ple­ment le lieu d’une émo­tion esthé­tique : elle est encore celui, poten­tiel, d’une rel­a­tivi­sa­tion de soi, d’une révéla­tion de soi comme inscrit dans ce regard. 

Mais pour y par­venir, la dépos­ses­sion de soi est essen­tielle — ce qui n’est pas une alié­na­tion ou un aban­don de soi, mais une purifi­ca­tion de l’inessentiel pour qu’en soi vienne habiter ce regard — ce que les ortho­dox­es appel­lent, si je ne m’abuse dans toute cette soupe qui me vient juste là, theo­sis, déi­fi­ca­tion.

Tout l’art du pein­tre est alors, au-delà même de la néces­saire tech­nique, de s’immerger dans ce regard pour que l’incarnation s’en refasse dans l’icône, comme si l’acte pic­tur­al, dans le temps où il se fait, devait repro­duire l’ “et incar­na­tus est” biblique. 

Mais bon. Je glose sur tout ça : la lit­téra­ture sur l’art de l’icône est pléthorique et je ne la con­nais que de loin. Juste mon ressen­ti. Qui sera je pense, assez loin du tien — mais ne le con­tred­it pas : l’icône reste lis­i­ble comme por­trait, étrange et sou­vent sai­sis­sant.

(tu peux effac­er cette bafouille si elle encom­bre :D, vrai­ment. C’est juste un jet qui me vient là.)

[j’ai effacé moi-même. Quelle idée d’aller log­or­rhéer ain­si ailleurs que chez soi !]

Pestes

C’est que nous deman­dons à voir ! A voir la peste, oui, et ses féaux ! Il nous faut les mon­ceaux de cadavres et le regard han­té des villes investies de charognes ! Il nous le faut pour envis­ager la com­bat­tre !
Car nous voici, hommes sans vertèbres refu­sant les chemins des charniers, nous gar­dant de rien faire, rien vrai­ment, rien qui nous en détourn­erait des tracées. Nous atten­dons, habil­lés d’idées vaines, de crev­er la gueule ouverte — nous, oui, nos enfants, nos proches.
Ah ! Je te salue, éter­nel opti­miste que tou­jours les temps con­fir­ment. Je doute cepen­dant que tu sois prêt à envis­ager ton incurie se devoir pay­er en livres de chair morte ou des com­bats sanieux con­tre l’infamie. Ta vision, sais-tu ?, ne s’incarne jamais qu’aux lende­mains de mémoires sur­vivantes, le temps d’une ivresse à peine, le temps, oui, qu’une igno­minie nou­velle ne s’impose aux généra­tions, celles-là qu’un des­tin tou­jours enchaîne à la fierté d’être plus neuves que leurs pères. Nihil sub sole novum.

(Rem­plac­er “peste” par les maux qu’on voudra, si ça ne marche pas, chanter alleluiah.)

D’après FB — 07/04/14

PhilPapers Survey — A priori knowledge: yes or no?

La ques­tion : A pri­ori knowl­edge: yes or no?

Domaine : Epis­te­mol­o­gy (théorie de la con­nais­sance)

Les répons­es pos­si­bles :

RéponseNom­bre (sur 3226)Pour­cent­age
Accept: yes136842,4%
Lean toward: yes77924,1%
Lean toward: no50215,6%
Accept: no2688,3%
The ques­tion is too unclear to answer 952,9%
Agnostic/undecided632,0%
Accept an inter­me­di­ate view451,4%
Accept anoth­er alter­na­tive250,8%
Skip240,7%
Insuf­fi­cient­ly famil­iar with the issue230,7%
Accept both120,4%
Reject both90,3%
There is no fact of the mat­ter80,2%
Oth­er
50,2%

Ma posi­tion avant toute analyse : Y a-t-il des con­nais­sances a pri­ori ?

Si la ques­tion se résume à savoir si nous sommes ou non une tablette vide à la nais­sance, que l’éducation se charg­erait de rem­plir, ma réponse est assuré­ment non. Nous nais­sons humains et tout sauf vierges de com­pé­tences. Le développe­ment de l’embryon obéit en moyenne à des schèmes sélec­tion­nés au cours des proces­sus évo­lu­tifs de trans­for­ma­tion de notre biosphère et est donc adap­té à fournir des com­pé­tences adap­tés à un cer­tain état de cette biosphère aux organ­ismes qui en sont issus. Naître humain, c’est à la fois naître en poten­tiel de per­for­mances défi­ni par des com­pé­tences en cours d’actualisation et de développe­ment (machines apprenantes que nous sommes), mais c’est aus­si naître, riche de per­for­mances, que ce soit dans le domaine de la recon­nais­sance sen­sorielle ou dans celui, même, des con­cepts. On sait désor­mais le fœtus pré-accou­tumé à un univers de saveurs, de sons et, même, de mots. Mais on sait aus­si très tôt le nour­ris­son en capac­ité sinon de compter, du moins de recon­naître des quan­tités.

Telle quelle, la ques­tion est donc désor­mais triv­iale : oui, il y a des con­nais­sances en amont de toute expéri­ence pos­si­ble pour l’individu — mais non, selon le domaine des preuves de cette asser­tion, cer­taine­ment pas en amont de toute matéri­al­ité, les con­nais­sances en ques­tion étant des com­pé­tences, actu­al­isés au cours de per­for­mances sociale­ment motivées (façon dont on élève les enfants), et issus de mil­lions d’années d’évolution de la biosphère ter­restre. Si des ques­tions un tant soit peu intéres­santes se posent, elles sont de deux types :

  • Sci­en­tifique : quelles sont exacte­ment les con­nais­sances — les com­pé­tences — dont tout indi­vidu moyen est pourvu à la nais­sance, ou qu’un développe­ment stan­dard actu­alise dans tous les envi­ron­nements où les humains élèvent leurs enfants ? Ques­tion plus dif­fi­cile à pos­er qu’il n’y paraît (à quoi recon­naît-on une com­pé­tence uni­verselle ?) et bien enten­du pass­able­ment com­plexe à résoudre (sur quel set expéri­men­tal démon­ter pareille uni­ver­sal­ité ?). Est-ce que n’importe quelle con­nais­sance peut être a pri­ori ?
  • Philosophique : je ne suis en rien cer­tain que la ques­tion de l’innéité résume celle de l’a pri­ori. La déf­i­ni­tion kanti­enne prend a pri­ori dans le sens de ce qui, indépen­dant de l’expérience et même de toutes les impres­sions des sens (KRV, AK, III, 28) est à la fois néces­saire et rigoureuse­ment uni­versel, c’est-à-dire rétif à toute excep­tion tant du point de vue de l’intension (néces­sité : si P est vrai, alors non P est faux) que de l’extension (uni­ver­sal­ité : P est vrai de tout a tombant sous P). Tout ce qui est a pri­ori n’est donc pas néces­saire­ment inné, dans la mesure où la com­pé­tence pour­rait en être acquise de façon sys­té­ma­tique au cours du développe­ment — ne serait inné que le mode de développe­ment qui, chez le sujet non pathologique (tout cela est bien sûr très prob­lé­ma­tique), entraîne la man­i­fes­ta­tion de cette com­pé­tence.

    De façon plus large, il est donc pos­si­ble de délivr­er l’a pri­ori de son ancrage cog­ni­tif général, pour pos­er la ques­tion des domaines de com­pé­tences s’autonomisant chez le sujet apprenant au point de délim­iter des domaines de con­nais­sance doté de régu­la­tions pro­pres et du pou­voir interne de légifér­er sur la recev­abil­ité des énon­cés et des pra­tiques qu’il pro­duit et qui le con­stituent. L’a pri­ori ne désigne alors plus ce qui est indépen­dant de l’expérience, mais ce qui con­stitue, pour tel domaine, le champ d’expérience dont il tire sa légitim­ité empirique — il est bien, de façon alors restreinte, à la fois uni­versel et néces­saire pour le domaine con­sid­éré. La con­nais­sance a pri­ori se fait ici principe, en tant qu’elle est rec­trice d’un domaine d’objet — c’est, il me sem­ble, l’option suiv­ie chez Husserl par au moins par la pre­mière phénoménolo­gie, celle des Logis­che Unter­suchugen. D’un point de vue stricte­ment formel, je suis assez attiré par ce type de mod­éli­sa­tion des champs d’objets et de savoir. Mais je me pose alors cette ques­tion-ci : en quoi cette mod­éli­sa­tion relève-t-elle bien d’une con­nais­sance : en quoi les con­cepts qu’elle manip­ule — ces principes recteurs — sont-ils, au-delà de syn­thès­es pra­tiques et opéra­toires ayant valeur formelle d’a pri­ori pour le domaine con­cerné, en rap­port avec, dirait Kant, une réal­ité effec­tive, des entités réelles, des con­cré­tudes ? Pour le dire encore dif­férem­ment, en quoi ces idéal­ités a pri­ori relèvent-elles plus d’une logique tran­scen­dan­tale (au sens de ce qui a pour objet nos modes de con­nais­sances a pri­ori) que d’une her­méneu­tique pro­duc­trice de con­cepts inter­pré­tat­ifs nés d’une patiente recherche de sens pour les pra­tiques ? Pour enfon­cer le clou : en quoi les a pri­ori sont-ils autre chose que des autopo­si­tions que tout raseur ock­amiste serait en droit de réduire au seul vent qu’ils génèrent ?

    Ma posi­tion ici sera plus com­plexe.

    Pour ce qui con­cerne les a pri­ori des domaines d’objets, je pense qu’une réduc­tion empirique aux don­nées con­sti­tu­tives de la cog­ni­tion est envis­age­able. La phénoménolo­gie me paraît être une bonne pos­tu­lante pour par­venir à les dégager, à con­di­tion de la faire com­mu­ni­quer avec les sci­ences de la cog­ni­tion — l’enjeu étant à mon sens de par­venir à une nat­u­ral­i­sa­tion com­plexe des qualia dans un sens très large (puisque l’espace ressen­ti est un com­plexe de qualia dont il con­vient de com­pren­dre en quoi il entre­tient un lien avec l’espace porté par le dis­cours en troisième per­son­ne (3P) des sci­ences de la nature). Les ten­ta­tives récentes d’une Joce­lyn Benoist me sem­blent aller dans un sens intéres­sant.

    Cela ne résout pour autant pas la ques­tion de la con­nais­sance a pri­ori en tant que telle. Cela ne l’apaise que du point de vue de son artic­u­la­tion avec les dis­cours en troisième per­son­ne (au sens d’une expli­ca­tion des uni­ver­saux dans les ter­mes des lois de la nature). Si l’on peut estimer avoir expliqué qu’il y ce qu’il y va pour nous d’a pri­ori, cela ne peut se faire que depuis une con­cep­tion de l’a pri­ori comme butée con­sti­tu­tive pour une machine cog­ni­tive conçue en extéri­or­ité. Out­re qu’une con­nais­sance en extéri­or­ité de la machine humaine en tant qu’elle est pro­duite dans et pour un monde humain pose de com­plex­es ques­tions quant à ce que cette con­nais­sance dit réelle­ment — du moins si l’on décide, à tord ou rai­son, de ne pas s’en arrêter aux con­sid­éra­tions de son effi­cac­ité ou de sa suff­i­sance au regard du domaine dans lequel on la fait agir, cela reste à mon sens tout-à-fait impuis­sant à saisir ce qu’il en est de l’a pri­ori depuis ces machines cog­ni­tives à d’intériorité que nous sommes. Dit autrement, il y a un domaine de qualia pour l’a pri­ori. Ou encore : il y va de nous-mêmes que se pose la ques­tion de l’a pri­ori. Ou encore : qu’il y ait une ques­tion de l’a pri­ori n’est pas quelque chose qui va de soi.

    C’est dans la réso­lu­tion de cette ques­tion-là que l’on ren­con­tre un autre ordre de mise en oeu­vre de la philoso­phie. Ques­tion tran­scen­dan­tale en tant que telle — elle con­cerne la pos­si­bil­ité d’une con­nais­sance a pri­ori, elle fait de l’a pri­ori non plus le qual­i­fi­catif d’une con­nais­sance pos­i­tive des choses, laque­lle se résout fort bien par d’autres méth­odes, mais de la pos­si­bil­ité même d’une con­nais­sance en tant qu’inscrite dans une non-adhé­sion immé­di­ate et sans hori­zon à la chose con­nue — cette dernière étant la con­nais­sance représen­ta­tion­nelle telle qu’on la con­naît aux dis­posi­tifs d’intelligence arti­fi­cielle. Pour le dire encore autrement, entre ici la con­science en tant qu’espace d’objets habités, d’objets au sein desquels il y va de moi — sans aller plus loin dans les ques­tions haras­santes et à mon sens désor­mais sans grand intérêt de la sub­stan­tial­ité du moi. A mon sens, l’ouverture à cette espace (l’ouverture qu’est cet espace) mod­i­fie la ques­tion de l’a pri­ori. Qu’est-ce que pour moia pri­ori en tant qu’elle soit néces­saire et uni­verselle ? Mais aus­si, parce que le moi, chose insta­ble, con­naît de nom­breuses façons d’être rayé de ses pro­pres cartes sans pour autant anéan­tir l’espace prési­dant à sa man­i­fes­ta­tion dev­enue alors un pur champ de con­nais­sances (dans la sci­ence, on en a par­lé, mais aus­si par­fois dans la folie, dans les philoso­phies sans moi ni sujet, et de façon moins volatile, dans les pra­tiques spir­ituelles), qu’est-ce que l’a pri­ori depuis un champ où il vaut pour lui-même et pour nous comme organisateur/maître du champ (si, si c’est bien une allu­sion ;) ) ? Ici vient s’insérer notam­ment ce qu’il en est de Dieu, des dieux, de la Déité, de (dieu), etc. Notam­ment mais pas unique­ment : les ten­ta­tives post-struc­tural­istes y trou­vent aus­si leur espace, voire encore un espace privé d’a pri­ori.

    Mon opin­ion là-dessus ? Ces espaces très-éthérés où vivent alors les con­nais­sances a pri­ori sont de la nature des rêves. Mais on y retrou­ve tous les espaces de la sci­ence en tant qu’elle est objet de croy­ances, tous les espaces de vérité, tout ce qui cherche fonde­ment et cer­ti­tude dans un titre con­ceptuel. La ques­tion tran­scen­dan­tale, il faudrait le dévelop­per, je en dis rien ici qui y mène, aboutit, à mon sens, à cela qu’il n’est nulle con­nais­sance a pri­ori — mais bien des a pri­ori cog­ni­tifs fon­da­teurs de flux d’identités pour cer­tains objets, moi com­pris. Le lieu tran­scen­dan­tal, vide d’a pri­ori, d’où tout cela peut se penser a la saveur du vide-plein des boud­dhiste, śūny­atā, et se voit régi, rigoureuse­ment, par la logique que je trou­ve dans l’œuvre de François Laru­elle sous le titre de non-philoso­phie ou désor­mais de philoso­phie générique.

    Donc pour répon­dre à la ques­tion, en bon adepte de la non-dou­ble vérité : oui, il y a des con­nais­sances a pri­ori, d’efficacité et de valid­ité rel­a­tives. Non, il n’y en a pas, qui puisse résis­ter à l’indifférence de dernière instance du réel — cette asser­tion, il est impor­tant de le not­er, n’est pas non-philosophique, mais relève d’un import de la puis­sance thé­tique­ment dis­solvante de la non-philoso­phie dans un régime qui en repro­duit, on le voit, immé­di­ate­ment une thèse : une hal­lu­ci­na­tion, qui, de se savoir formelle­ment telle, est pour autant con­sti­tu­tive­ment inca­pable de se dépass­er par ses pro­pres forces.

    Je me situe donc dans les 0,4% qui acceptent les deux options. Plus que dans les 0,3% qui les rejet­tent. Mais c’est surtout une ques­tion de tem­péra­ment : je suis plus volon­tiers inclusif qu’exclusif.

>Le sens de la ques­tion : (source)

Cartographie philosophique — le sondage de PhilPapers

En 2009, la revue en ligne PhilPa­pers pro­po­sait à son pub­lic — uni­ver­si­taires et autres — un sondage ayant pour objec­tif de déter­min­er les opin­ions prin­ci­pales défendues par les acteurs du champ philosophique. En devait résul­ter une car­togra­phie des croy­ances, dans un esprit assez fon­da­men­tale­ment dif­férent des travaux menés par l’école de Bour­dieu quand ils analy­sent le champ de la pro­duc­tion philosophique (cf. par exem­ple le vol­ume 109 de la revue Actes de la recherche en sci­ences sociales). Je me con­tente de men­tion­ner l’arti­cle de syn­thèse qui en a été tiré — à l’heure de la rédac­tion de cette note, je ne l’ai pas encore lu. Le site lui-même pro­pose une étude sta­tis­tique com­plète des résul­tats.

Je n’ambitionne en rien de com­menter ce sondage — mais, con­for­mé­ment à la ligne dess­inée dans mon précé­dent, je voudrais m’en servir pour déter­min­er les élé­ments de mon pro­pre posi­tion­nement. Dans cette per­spec­tive, l’outil a ses défauts : issu de l’organisation améri­caine de la philoso­phie — qui fait fond sur un pré­sup­posé pre­mier d’intentionnalité, au sens où toute philoso­phie serait philoso­phie (au sujet) de quelque chose -, il sup­pose la philoso­phie comme espace de con­fronta­tion dox­ique argu­men­tée, lieu d’une éris­tique réglée autour de prob­lèmes où les dis­posi­tifs rhé­toriques et tech­niques sont les armes et les straté­gies de résolutions/réductions suc­ces­sives. On est fort loin d’une con­cep­tion de la philoso­phie comme érec­tion de sys­tèmes — il est con­nu que cer­tains ana­ly­tiques peu­vent, sur des sujets dif­férents, soutenir des thès­es au moyen d’arguments qu’une mis­es en regard (ad hominem, donc) rendrait con­tra­dic­toires — et moins encore organon de sagesse. On s’en con­va­in­cra en con­statant, par exem­ple, qu’aucune des ques­tions posées ne n’entre dans le domaine de la métaphiloso­phie. Cela dit, le dis­posi­tif con­tra­dic­toire cen­tré sur un petit nom­bre de prob­lèmes lim­ités est en ser­vice depuis au moins Aris­tote, et, en restant fidèle au pro­gramme volon­taire­ment naïf, c’est-à-dire peu soupçon­neux, que je me suis fixé, il me sem­ble que l’analyse de mes réac­tions spon­tanées — aus­si argu­menta­bles soient-elles par ailleurs — au ques­tion­naire posé me per­me­t­tra au moins en pre­mière approche de tri­an­guler ma posi­tion dans l’espace des prob­lèmes con­tem­po­rains — lequel ne saurait résumer ni l’espace de tous les prob­lèmes, ni même encore l’espace des prob­lèmes intéres­sants (et ne par­lons pas des enjeux qui ne poseraient pas sous forme de prob­lèmes à résoudre).

Comme chaque ques­tion est aus­si cryp­tique qu’un sutra dès lors qu’on n’est pas du domaine — et que de façon générale, je n’en ai une com­préhen­sion que très lim­itée — voire, au pre­mier abord, nulle — je me pro­pose :

  • dans ce post, de repren­dre le ques­tion­naire
  • dans un cer­tain nom­bre de posts suiv­ants, de décrypter chaque ques­tion par mes pro­pres moyens — ce qui sera sans doute l’occasion de résumer telle ou telle ressource en ligne, sans doute de façon insat­is­faisante, ma for­ma­tion à l’expostion anglo-améri­caine lais­sant tout de même à désir­er — et d’y répon­dre.

Les ques­tions posées étaient les suiv­antes :

  • A pri­ori knowl­edge: yes or no?
  • Abstract objects: Pla­ton­ism or nom­i­nal­ism?
  • Aes­thet­ic val­ue: objec­tive or sub­jec­tive?
  • Ana­lyt­ic-syn­thet­ic dis­tinc­tion: yes or no?
  • Epis­temic jus­ti­fi­ca­tion: inter­nal­ism or exter­nal­ism?
  • Exter­nal world: ide­al­ism, skep­ti­cism, or non-skep­ti­cal real­ism?
  • Free will: com­pat­i­bil­ism, lib­er­tar­i­an­ism, or no free will?
  • God: the­ism or athe­ism?
  • Knowl­edge claims: con­tex­tu­al­ism, rel­a­tivism, or invari­antism?
  • Knowl­edge: empiri­cism or ratio­nal­ism?
  • Laws of nature: Humean or non-Humean?
  • Log­ic: clas­si­cal or non-clas­si­cal?
  • Men­tal con­tent: inter­nal­ism or exter­nal­ism?
  • Meta-ethics: moral real­ism or moral anti-real­ism?
  • Metaphi­los­o­phy: nat­u­ral­ism or non-nat­u­ral­ism?
  • Mind: phys­i­cal­ism or non-phys­i­cal­ism?
  • Moral judg­ment: cog­ni­tivism or non-cog­ni­tivism?
  • Moral moti­va­tion: inter­nal­ism or exter­nal­ism?
  • Newcomb’s prob­lem: one box or two box­es?
  • Nor­ma­tive ethics: deon­tol­ogy, con­se­quen­tial­ism, or virtue ethics?
  • Per­cep­tu­al expe­ri­ence: dis­junc­tivism, qualia the­o­ry, rep­re­sen­ta­tion­al­ism, or sense-datum the­o­ry?
  • Per­son­al iden­ti­ty: bio­log­i­cal view, psy­cho­log­i­cal view, or fur­ther-fact view?
  • Pol­i­tics: com­mu­ni­tar­i­an­ism, egal­i­tar­i­an­ism, or lib­er­tar­i­an­ism?
  • Prop­er names: Fregean or Mil­lian?
  • Sci­ence: sci­en­tif­ic real­ism or sci­en­tif­ic anti-real­ism?
  • Tele­trans­porter (new mat­ter): sur­vival or death?
  • Time: A-the­o­ry or B-the­o­ry?
  • Trol­ley prob­lem (five straight ahead, one on side track, turn requires switch­ing, what ought one do?): switch or don’t switch?
  • Truth: cor­re­spon­dence, defla­tion­ary, or epis­temic?
  • Zom­bies: incon­ceiv­able, con­ceiv­able but not meta­phys­i­cal­ly pos­si­ble, or meta­phys­i­cal­ly pos­si­ble?