Category Archives: Phinasseries

Philosophies et balivernes savantes.

Relation – essence

Idées en vrac. Schématiques pour moi-même.

Réelle émergence pratique d’une logique des relations contre une sur-essentialisation des phénomènes – sociaux, biologiques, physiques. Prémisses théoriques dans les années 70 – approfondissement en début du siècle XXI. L’image théorique du monde dépend de la façon dont nous concevons le social (cette idée à très certainement déjà été énoncée et théorisée) – 70s : crise économique et remise en cause des rapports traditionnels être génération et, en ébauche, des genres ; approfondissement de la décolonisation ; 10s : crise financière et remise en cause des rapports de genre et, en ébauche, de la domination occidentale. Dans les deux cas, émergence d’un côté de logiques relationnelles (post-modernisme structural : la géométrie comme modèle ; neo?-pragmatisme empiriste : les proba-stat comme modèle) et réaction de l’autre, dans une recherche réactionnaire d’essentialisme – le grand réac est celui.celle dont la sensibilité le.la pousse à saisir les problèmes de fond suscités par les mutations et à y répondre par cette figure de l’essence qu’est l’invariant culturel délivré par une image antérieure du monde, souvent fantasmée.
La relation insiste sur un faire transitoire et transitif. L’essence valorise les schéma de répétition et de réplétion. C’est grossier bien sûr – juste pour indiquer des polarité opératoires.
De là, envisager des positions d’essences historiques et des relations essentialisantes, de façon locale par exemple ; c’est de dialectique simple, toujours déjà en jeu dans chacune des postures. Il n’y a pas de synthèse théorique possible – ni de dépassement. Attracteurs trop puissants. Juste des engagements contingents facteurs de nécessités locales – de mondes. Il serait possible de dualyser tout cela (Laruelle) – levée des engagements et production d’une parole, bavarde encore, qui en manifesterait, pour les engagés, des lignes de dégagement, conformes enfin aux projets initiaux, mais sans sujet institutionnalisé pour les mener à bien.

(Trop formel sur la fin. L’objet initial est perdu dans la rassurance de ce qu’il faut bien appeler une méthode – qui se le subordonne de façon adventice.)

FB 28/05/14

Guerres du vrai

Le “vrai” en philosophie est aussi une arme de guerre, d’extraction logique et métaphilosophique, mais d’usage rhétorique pour couper la chique à ses adversaires. La non réflexion sur le statut pragmatique du vrai – plus encore que sur sa forme – aboutit à des dialogues de sourd dont l’accent est avant tout politique et bien peu théorique. Le refus d’une réflexion métaphilosophique – ou sa réduction à quelques injonctions à faire de la _bonne_ philosophie – relève, de façon non exclusive, de la rouerie, de la paresse, d’une étrange cécité, ou encore, horresco referens, de l’orgueil du would-be dominant(*).

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(*) La propension du philosophe à œuvrer à obtenir une forme de dernier mot – que je connais, oh, si bien ! – sera vertu ou vice selon les finalités des guerres en lesquelles elle est engagée, et sa capacité à les conceptualiser. L’orgueil rompt la possibilité de métabolisation, et fait du philosophe un politique dominé par la composante désirante du concept – aux dernières théories, nos capacités d’argumentation seraient dérivées d’une pression de sélection non à savoir mais à convaincre : la philosophie serait, mutatis mutandis, tout comme la quête spirituelle, en un certain sens (celui d’une ligne énergétiquement coûteuse vers un équilibre local éloigné) contre-nature.

Identité = guerre

Nul besoin d’identité en temps de paix. Nul besoin de se protéger au point d’endosser les habits de tel ou tel moine comme s’ils étaientsoi. La guerre crée le soi collectif des identité – là où est ce type de soi est aussi la guerre – là où est la contestation de ce type de soi est aussi la guerre – la contestation ! C’est elle qui forge ces soi affairés à se construire les défenses de l’identité, qui sont celles de l’empowerment. Soi sans identité, sans revendication, dans la fluidité sans retour sur soi – cela n’existe que dans la paix la plus profonde, celle qui vainc jusqu’aux offenses de l’éducation même.

Icônes

À un ami qui sur FB avait posté ceci :

icônes
(The Benaki Museum – Athènes)

Toute icône capture un complexe de regards. Celui du Christ, du Saint, de la Vierge, etc. sur le spectateur, mais aussi celui du peintre sur le regard du Christ, celui, plus large, de l’attente sociale codifiée à l’extrême dans l’art du peintre, dont la liberté joue dans les nuances infimes du code pour rendre ce regard sensé exprimer non pas l’âme individuelle du portraituré, mais l’essence de la transcendance, invisible donc, et pourtant incarnée. Tout dans l’icône tourne autour de ce silence porté par un regard – une relation personnelle – émis depuis l’impersonnel, réverbéré dans l’art de l’artiste engagé dans la liberté _verticale_ que lui autorise l’extrême codification.

Ce qui est pour nous parfois difficile à comprendre : nous avons une lecture désormais horizontale des oeuvres, lecture inscrite dans la diversité du monde, des concepts et des choses. L’icône, en revanche, ne se laisse je crois saisir que dans le trou d’épingle de l’absolue liberté portée sur le tissu des libertés toujours relatives dans lesquelles nous nous mouvons. En ce sens, elle n’est pas simplement le lieu d’une émotion esthétique : elle est encore celui, potentiel, d’une relativisation de soi, d’une révélation de soi comme inscrit dans ce regard.

Mais pour y parvenir, la dépossession de soi est essentielle – ce qui n’est pas une aliénation ou un abandon de soi, mais une purification de l’inessentiel pour qu’en soi vienne habiter ce regard – ce que les orthodoxes appellent, si je ne m’abuse dans toute cette soupe qui me vient juste là, theosis, déification.

Tout l’art du peintre est alors, au-delà même de la nécessaire technique, de s’immerger dans ce regard pour que l’incarnation s’en refasse dans l’icône, comme si l’acte pictural, dans le temps où il se fait, devait reproduire l’ “et incarnatus est” biblique.

Mais bon. Je glose sur tout ça : la littérature sur l’art de l’icône est pléthorique et je ne la connais que de loin. Juste mon ressenti. Qui sera je pense, assez loin du tien – mais ne le contredit pas : l’icône reste lisible comme portrait, étrange et souvent saisissant.

(tu peux effacer cette bafouille si elle encombre :D, vraiment. C’est juste un jet qui me vient là.)

[j’ai effacé moi-même. Quelle idée d’aller logorrhéer ainsi ailleurs que chez soi !]

Pestes

C’est que nous demandons à voir ! A voir la peste, oui, et ses féaux ! Il nous faut les monceaux de cadavres et le regard hanté des villes investies de charognes ! Il nous le faut pour envisager la combattre !
Car nous voici, hommes sans vertèbres refusant les chemins des charniers, nous gardant de rien faire, rien vraiment, rien qui nous en détournerait des tracées. Nous attendons, habillés d’idées vaines, de crever la gueule ouverte – nous, oui, nos enfants, nos proches.
Ah ! Je te salue, éternel optimiste que toujours les temps confirment. Je doute cependant que tu sois prêt à envisager ton incurie se devoir payer en livres de chair morte ou des combats sanieux contre l’infamie. Ta vision, sais-tu ?, ne s’incarne jamais qu’aux lendemains de mémoires survivantes, le temps d’une ivresse à peine, le temps, oui, qu’une ignominie nouvelle ne s’impose aux générations, celles-là qu’un destin toujours enchaîne à la fierté d’être plus neuves que leurs pères. Nihil sub sole novum.

(Remplacer “peste” par les maux qu’on voudra, si ça ne marche pas, chanter alleluiah.)

D’après FB – 07/04/14

PhilPapers Survey – A priori knowledge: yes or no?

La question : A priori knowledge: yes or no?

Domaine : Epistemology (théorie de la connaissance)

Les réponses possibles :
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Ma position avant toute analyse : Y a-t-il des connaissances a priori ?

Si la question se résume à savoir si nous sommes ou non une tablette vide à la naissance, que l’éducation se chargerait de remplir, ma réponse est assurément non. Nous naissons humains et tout sauf vierges de compétences. Le développement de l’embryon obéit en moyenne à des schèmes sélectionnés au cours des processus évolutifs de transformation de notre biosphère et est donc adapté à fournir des compétences adaptés à un certain état de cette biosphère aux organismes qui en sont issus. Naître humain, c’est à la fois naître en potentiel de performances défini par des compétences en cours d’actualisation et de développement (machines apprenantes que nous sommes), mais c’est aussi naître, riche de performances, que ce soit dans le domaine de la reconnaissance sensorielle ou dans celui, même, des concepts. On sait désormais le fœtus pré-accoutumé à un univers de saveurs, de sons et, même, de mots. Mais on sait aussi très tôt le nourrisson en capacité sinon de compter, du moins de reconnaître des quantités.

Telle quelle, la question est donc désormais triviale : oui, il y a des connaissances en amont de toute expérience possible pour l’individu – mais non, selon le domaine des preuves de cette assertion, certainement pas en amont de toute matérialité, les connaissances en question étant des compétences, actualisés au cours de performances socialement motivées (façon dont on élève les enfants), et issus de millions d’années d’évolution de la biosphère terrestre. Si des questions un tant soit peu intéressantes se posent, elles sont de deux types :

  • Scientifique : quelles sont exactement les connaissances – les compétences – dont tout individu moyen est pourvu à la naissance, ou qu’un développement standard actualise dans tous les environnements où les humains élèvent leurs enfants ? Question plus difficile à poser qu’il n’y paraît (à quoi reconnaît-on une compétence universelle ?) et bien entendu passablement complexe à résoudre (sur quel set expérimental démonter pareille universalité ?). Est-ce que n’importe quelle connaissance peut être a priori ?
  • Philosophique : je ne suis en rien certain que la question de l’innéité résume celle de l’a priori. La définition kantienne prend a priori dans le sens de ce qui, indépendant de l’expérience et même de toutes les impressions des sens (KRV, AK, III, 28) est à la fois nécessaire et rigoureusement universel, c’est-à-dire rétif à toute exception tant du point de vue de l’intension (nécessité : si P est vrai, alors non P est faux) que de l’extension (universalité : P est vrai de tout a tombant sous P). Tout ce qui est a priori n’est donc pas nécessairement inné, dans la mesure où la compétence pourrait en être acquise de façon systématique au cours du développement – ne serait inné que le mode de développement qui, chez le sujet non pathologique (tout cela est bien sûr très problématique), entraîne la manifestation de cette compétence.

    De façon plus large, il est donc possible de délivrer l’a priori de son ancrage cognitif général, pour poser la question des domaines de compétences s’autonomisant chez le sujet apprenant au point de délimiter des domaines de connaissance doté de régulations propres et du pouvoir interne de légiférer sur la recevabilité des énoncés et des pratiques qu’il produit et qui le constituent. L’a priori ne désigne alors plus ce qui est indépendant de l’expérience, mais ce qui constitue, pour tel domaine, le champ d’expérience dont il tire sa légitimité empirique – il est bien, de façon alors restreinte, à la fois universel et nécessaire pour le domaine considéré. La connaissance a priori se fait ici principe, en tant qu’elle est rectrice d’un domaine d’objet – c’est, il me semble, l’option suivie chez Husserl par au moins par la première phénoménologie, celle des Logische Untersuchugen. D’un point de vue strictement formel, je suis assez attiré par ce type de modélisation des champs d’objets et de savoir. Mais je me pose alors cette question-ci : en quoi cette modélisation relève-t-elle bien d’une connaissance : en quoi les concepts qu’elle manipule – ces principes recteurs – sont-ils, au-delà de synthèses pratiques et opératoires ayant valeur formelle d’a priori pour le domaine concerné, en rapport avec, dirait Kant, une réalité effective, des entités réelles, des concrétudes ? Pour le dire encore différemment, en quoi ces idéalités a priori relèvent-elles plus d’une logique transcendantale (au sens de ce qui a pour objet nos modes de connaissances a priori) que d’une herméneutique productrice de concepts interprétatifs nés d’une patiente recherche de sens pour les pratiques ? Pour enfoncer le clou : en quoi les a priori sont-ils autre chose que des autopositions que tout raseur ockamiste serait en droit de réduire au seul vent qu’ils génèrent ?

    Ma position ici sera plus complexe.

    Pour ce qui concerne les a priori des domaines d’objets, je pense qu’une réduction empirique aux données constitutives de la cognition est envisageable. La phénoménologie me paraît être une bonne postulante pour parvenir à les dégager, à condition de la faire communiquer avec les sciences de la cognition – l’enjeu étant à mon sens de parvenir à une naturalisation complexe des qualia dans un sens très large (puisque l’espace ressenti est un complexe de qualia dont il convient de comprendre en quoi il entretient un lien avec l’espace porté par le discours en troisième personne (3P) des sciences de la nature). Les tentatives récentes d’une Jocelyn Benoist me semblent aller dans un sens intéressant.

    Cela ne résout pour autant pas la question de la connaissance a priori en tant que telle. Cela ne l’apaise que du point de vue de son articulation avec les discours en troisième personne (au sens d’une explication des universaux dans les termes des lois de la nature). Si l’on peut estimer avoir expliqué qu’il y ce qu’il y va pour nous d’a priori, cela ne peut se faire que depuis une conception de l’a priori comme butée constitutive pour une machine cognitive conçue en extériorité. Outre qu’une connaissance en extériorité de la machine humaine en tant qu’elle est produite dans et pour un monde humain pose de complexes questions quant à ce que cette connaissance dit réellement – du moins si l’on décide, à tord ou raison, de ne pas s’en arrêter aux considérations de son efficacité ou de sa suffisance au regard du domaine dans lequel on la fait agir, cela reste à mon sens tout-à-fait impuissant à saisir ce qu’il en est de l’a priori depuis ces machines cognitives à d’intériorité que nous sommes. Dit autrement, il y a un domaine de qualia pour l’a priori. Ou encore : il y va de nous-mêmes que se pose la question de l’a priori. Ou encore : qu’il y ait une question de l’a priori n’est pas quelque chose qui va de soi.

    C’est dans la résolution de cette question-là que l’on rencontre un autre ordre de mise en oeuvre de la philosophie. Question transcendantale en tant que telle – elle concerne la possibilité d’une connaissance a priori, elle fait de l’a priori non plus le qualificatif d’une connaissance positive des choses, laquelle se résout fort bien par d’autres méthodes, mais de la possibilité même d’une connaissance en tant qu’inscrite dans une non-adhésion immédiate et sans horizon à la chose connue – cette dernière étant la connaissance représentationnelle telle qu’on la connaît aux dispositifs d’intelligence artificielle. Pour le dire encore autrement, entre ici la conscience en tant qu’espace d’objets habités, d’objets au sein desquels il y va de moi – sans aller plus loin dans les questions harassantes et à mon sens désormais sans grand intérêt de la substantialité du moi. A mon sens, l’ouverture à cette espace (l’ouverture qu’est cet espace) modifie la question de l’a priori. Qu’est-ce que pour moia priori en tant qu’elle soit nécessaire et universelle ? Mais aussi, parce que le moi, chose instable, connaît de nombreuses façons d’être rayé de ses propres cartes sans pour autant anéantir l’espace présidant à sa manifestation devenue alors un pur champ de connaissances (dans la science, on en a parlé, mais aussi parfois dans la folie, dans les philosophies sans moi ni sujet, et de façon moins volatile, dans les pratiques spirituelles), qu’est-ce que l’a priori depuis un champ où il vaut pour lui-même et pour nous comme organisateur/maître du champ (si, si c’est bien une allusion ;) ) ? Ici vient s’insérer notamment ce qu’il en est de Dieu, des dieux, de la Déité, de (dieu), etc. Notamment mais pas uniquement : les tentatives post-structuralistes y trouvent aussi leur espace, voire encore un espace privé d’a priori.

    Mon opinion là-dessus ? Ces espaces très-éthérés où vivent alors les connaissances a priori sont de la nature des rêves. Mais on y retrouve tous les espaces de la science en tant qu’elle est objet de croyances, tous les espaces de vérité, tout ce qui cherche fondement et certitude dans un titre conceptuel. La question transcendantale, il faudrait le développer, je en dis rien ici qui y mène, aboutit, à mon sens, à cela qu’il n’est nulle connaissance a priori – mais bien des a priori cognitifs fondateurs de flux d’identités pour certains objets, moi compris. Le lieu transcendantal, vide d’a priori, d’où tout cela peut se penser a la saveur du vide-plein des bouddhiste, śūnyatā, et se voit régi, rigoureusement, par la logique que je trouve dans l’œuvre de François Laruelle sous le titre de non-philosophie ou désormais de philosophie générique.

    Donc pour répondre à la question, en bon adepte de la non-double vérité : oui, il y a des connaissances a priori, d’efficacité et de validité relatives. Non, il n’y en a pas, qui puisse résister à l’indifférence de dernière instance du réel – cette assertion, il est important de le noter, n’est pas non-philosophique, mais relève d’un import de la puissance thétiquement dissolvante de la non-philosophie dans un régime qui en reproduit, on le voit, immédiatement une thèse : une hallucination, qui, de se savoir formellement telle, est pour autant constitutivement incapable de se dépasser par ses propres forces.

    Je me situe donc dans les 0,4% qui acceptent les deux options. Plus que dans les 0,3% qui les rejettent. Mais c’est surtout une question de tempérament : je suis plus volontiers inclusif qu’exclusif.

>Le sens de la question : (source)

Cartographie philosophique – le sondage de PhilPapers

En 2009, la revue en ligne PhilPapers proposait à son public – universitaires et autres – un sondage ayant pour objectif de déterminer les opinions principales défendues par les acteurs du champ philosophique. En devait résulter une cartographie des croyances, dans un esprit assez fondamentalement différent des travaux menés par l’école de Bourdieu quand ils analysent le champ de la production philosophique (cf. par exemple le volume 109 de la revue Actes de la recherche en sciences sociales). Je me contente de mentionner l’article de synthèse qui en a été tiré – à l’heure de la rédaction de cette note, je ne l’ai pas encore lu. Le site lui-même propose une étude statistique complète des résultats.

Je n’ambitionne en rien de commenter ce sondage – mais, conformément à la ligne dessinée dans mon précédent, je voudrais m’en servir pour déterminer les éléments de mon propre positionnement. Dans cette perspective, l’outil a ses défauts : issu de l’organisation américaine de la philosophie – qui fait fond sur un présupposé premier d’intentionnalité, au sens où toute philosophie serait philosophie (au sujet) de quelque chose -, il suppose la philosophie comme espace de confrontation doxique argumentée, lieu d’une éristique réglée autour de problèmes où les dispositifs rhétoriques et techniques sont les armes et les stratégies de résolutions/réductions successives. On est fort loin d’une conception de la philosophie comme érection de systèmes – il est connu que certains analytiques peuvent, sur des sujets différents, soutenir des thèses au moyen d’arguments qu’une mises en regard (ad hominem, donc) rendrait contradictoires – et moins encore organon de sagesse. On s’en convaincra en constatant, par exemple, qu’aucune des questions posées ne n’entre dans le domaine de la métaphilosophie. Cela dit, le dispositif contradictoire centré sur un petit nombre de problèmes limités est en service depuis au moins Aristote, et, en restant fidèle au programme volontairement naïf, c’est-à-dire peu soupçonneux, que je me suis fixé, il me semble que l’analyse de mes réactions spontanées – aussi argumentables soient-elles par ailleurs – au questionnaire posé me permettra au moins en première approche de trianguler ma position dans l’espace des problèmes contemporains – lequel ne saurait résumer ni l’espace de tous les problèmes, ni même encore l’espace des problèmes intéressants (et ne parlons pas des enjeux qui ne poseraient pas sous forme de problèmes à résoudre).

Comme chaque question est aussi cryptique qu’un sutra dès lors qu’on n’est pas du domaine – et que de façon générale, je n’en ai une compréhension que très limitée – voire, au premier abord, nulle – je me propose :

  • dans ce post, de reprendre le questionnaire
  • dans un certain nombre de posts suivants, de décrypter chaque question par mes propres moyens – ce qui sera sans doute l’occasion de résumer telle ou telle ressource en ligne, sans doute de façon insatisfaisante, ma formation à l’expostion anglo-américaine laissant tout de même à désirer – et d’y répondre.

Les questions posées étaient les suivantes :

  • A priori knowledge: yes or no?
  • Abstract objects: Platonism or nominalism?
  • Aesthetic value: objective or subjective?
  • Analytic-synthetic distinction: yes or no?
  • Epistemic justification: internalism or externalism?
  • External world: idealism, skepticism, or non-skeptical realism?
  • Free will: compatibilism, libertarianism, or no free will?
  • God: theism or atheism?
  • Knowledge claims: contextualism, relativism, or invariantism?
  • Knowledge: empiricism or rationalism?
  • Laws of nature: Humean or non-Humean?
  • Logic: classical or non-classical?
  • Mental content: internalism or externalism?
  • Meta-ethics: moral realism or moral anti-realism?
  • Metaphilosophy: naturalism or non-naturalism?
  • Mind: physicalism or non-physicalism?
  • Moral judgment: cognitivism or non-cognitivism?
  • Moral motivation: internalism or externalism?
  • Newcomb’s problem: one box or two boxes?
  • Normative ethics: deontology, consequentialism, or virtue ethics?
  • Perceptual experience: disjunctivism, qualia theory, representationalism, or sense-datum theory?
  • Personal identity: biological view, psychological view, or further-fact view?
  • Politics: communitarianism, egalitarianism, or libertarianism?
  • Proper names: Fregean or Millian?
  • Science: scientific realism or scientific anti-realism?
  • Teletransporter (new matter): survival or death?
  • Time: A-theory or B-theory?
  • Trolley problem (five straight ahead, one on side track, turn requires switching, what ought one do?): switch or don’t switch?
  • Truth: correspondence, deflationary, or epistemic?
  • Zombies: inconceivable, conceivable but not metaphysically possible, or metaphysically possible?