Ring Lichen

Lichens

Je mar­chais par­mi les boss­es d’une terre écurée, les haleines secrètes, les plantes sans mémoire. La mon­tagne se lev­ait, fla­con empli d’ombre qu’étreignait pas instant le geste de la soif. Ma trace, mon exis­tence se per­daient. Ton vis­age glis­sait à recu­lons devant moi. Ce n’était qu’une tache à la recherche de l’abeille qui la ferait fleur et la dirait vivante. Nous allions nous sépar­er. Tu demeur­erais sur le plateau des arômes et je pénètr­erais dans le jardin du vide. Là, sous la sauve­g­arde des rochers, dans la pléni­tude du vent, je deman­derais à la nuit véri­ta­ble de dis­pos­er de mon som­meil pour accroître ton bon­heur. Et tous les fruits t’appartiendraient.

René Char, Les lichens in Les matin­aux

Là, sous la sauvegarde des rochers, dans la plénitude du vent, je demanderais à la nuit véritable de disposer de mon sommeil pour accroître ton bonheur. Et tous les fruits t’appartiendraient.