In the dark

Volens nol­lens, j’avais l’habitude d’inscrire cha­cun de mes actes dans le cadre d’un but à attein­dre.

Le bon­heur, le plaisir, la jus­tice, la vérité, la paix. Ces gros mots-syn­thès­es à deux têtes — l’une tournée vers les jus­ti­fi­ca­tions qu’on donne à autrui dans les inces­santes com­mu­ni­ca­tions et négo­ci­a­tions de place qu’on échange avec lui ; l’autre, vers ce plus-gros-que-tout-objet qui appelle au cœur de chaque désir, et que l’on voudrait devenir, ou pos­séder, ou ren­con­tr­er.

Il n’y a pas de but. 

J’agis pour rien. Par réflexe. Les mots sont esclaves des mécan­ismes de l’échange et des trains de spikes issus des neu­rones miroirs.
Je suis une machine dans une machine et faite de machines.

Ce n’est pas trop dire : c’est là un réc­it qui peut résis­ter à la dis­so­lu­tion des autres. S’il n’y a pas de but, c’est que tout est machine.

Mais cela recon­duit un but — un désir de savoir en sur­plomb, de com­pren­dre pour écarter ou con­trôler sans avoir à s’aventurer. Cela est encore une machine, qui se dit machine. Cela ne résout pas la ten­sion. La ten­sion issue du désir d’avenir, alors même qu’aucun but, donc aucun sens, n’appartient à ce qui se joue dans le présent.

Le ciel est bleu. Mes mains courent sur le clavier. Par­fois, je bande. Le par­quet est plus frais sous mes pieds que la tran­spi­ra­tion des tapis. Et quelque chose ne veut pas que cela s’arrête à cela. Mais je ne vois pas ce qu’il pour­rait y avoir d’autre. Dieu est un mot et je n’ai que faire des réc­its — je sais trop com­ment ils fonc­tion­nent.

Je me prends à croire que je pour­rais trou­ver réso­lu­tion vers un côté moins exploré de ma per­son­nal­ité — flux émo­tion­nels, rap­port à autrui (autrui, ce truc si effrayant et si bizarre). Cela sta­bilis­erait sans doute. Je crois qu’autrui n’est pas du côté des machines — et en un sens, c’est le cas, par­fois. Mais je ne cherche pas un boyfriend. Je cherche un soul mate. Mon envie de com­mu­nion s’est inten­si­fiée avec les derniers mois, dirait-on.

Tu crois que cela suf­fi­ra ? La ques­tion porte sa pro­pre réponse…

Image : Pierre Soulages — Out­renoir. Source.

One thought on “In the dark”

  1. En même temps, on est dimanche, et il a fait trop chaud et je dors mal. Cela a tou­jours favorisé ce type de train de pen­sées. :p

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