Yvez Tanguy, Multiplication des Arcs

Il serait facile…

J’ai su, au moment où ce court texte m’est venu, ce qu’il voulait dire. Ce soir, alors que je l’édite pour publication, son sens m’échappe. Je me sens quelque peu écrasé – je ne parviens plus à socialiser convenablement – épuisement de ressources largement sollicitées les jours passées. Je l’y laisse pourtant. Il fit sens.

Il serait facile, pour des caractères comme le mien, et tentant, de se laisser décourager jusqu’à la nausée devant les diagnostics de déréliction – morale, intellectuelle, sociale, écologique, etc. – qui irriguent le champ large de nos représentations du monde contemporain. Les grands courants de la culture occidentale sont à la divergence et à l’encaissement des finitudes, et, autant s’y faire, il pourrait bien se passer quelques siècles avant que nous ne puissions même espérer rouvrir les cercles de nos expansions.

Qu’un monde se meure, est-ce pour autant une occasion de désespérer ? Je ne suis certes pas en capacité d’embrasser l’aveuglement des optimistes (“on trouvera bien…”, “l’être humain a toujours su…” et autres niaiseries contrefactuelles), non plus que les hallucinations des fêtards – mais désormais, les déplorations des idéalistes déçus me semblent autant de facilités. Simplifications de surface, elles ne donnent rien à comprendre, rien à vivre.

Voir la laideur. Et ne pas désespérer. Sentir proches certaines fins. Pleurer les décimations, d’espèces, de langues, d’humains, de modes de vie. Et ne pas s’affoler. Reconnaître les acteurs de l’entropie cachés sous les guises du progrès, et ne pas s’en écœurer. Rester, là, droit et souple.

Pour autant, ne pas faire esthétique du chaos – en rester étranger aux justifications morales. Se laisser traverser par les éthiques – s’y reconnaître, de passage, dégoûts et attractions. Ne pas désespérer. Traverser les colères. Traverser. Traverser.

Chanter l’immense – non les lendemains.

Image : Yves Tanguy, Multiplication des Arcs, 1954, huile sur toile, 101,6 x 152,4 cm, MOMA. Source.

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