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Lee Smolin — à propos de “Time Reborn”

Con­férence de Lee Smolin, le 03 avril 2013, autour de son alors tout récent livre Time Reborn — From the Cri­sis of Physics to the Future of the Uni­verse.

He’s got a point. Les lois de la physique — il pro­pose de bonnes raisons épisté­mologiques pour cela — ne peu­vent être éten­dues à l’univers en son ensem­ble. Cela a pour con­séquence que le car­ac­tère illu­soire du temps cos­mologique ne peut être inféré de ce que ces lois sont réversibles (on notera qu’ici la cos­molo­gie est la pierre de touche de l’ontologie). D’où une pos­ture résol­u­ment réal­iste quant au temps — le passé, le futur et le main­tenant, now, exis­tent et peu­vent être dif­féren­ciés.
La pos­ture pour­rait laiss­er penser à quelque chose de pos­i­tiviste, notam­ment quand il est dit que le tra­vail du sci­en­tifique est d’expliquer ce que nous pou­vons observ­er — en ce sens, on ne sauvera pas la con­cep­tion du temps illu­soire par l’invocation d’un mul­tivers, agré­gat d’univers décon­nec­tés[1] . Elle tient cela dit plus vraisem­blable­ment de la prise au sérieux d’un principe de rel­a­tiv­ité général­isé, ren­dant théoré­tique­ment effec­tive l’impossibilité pour l’observateur de sor­tir du sys­tème “univers” qu’il étudie (1:02’00). Le pos­i­tivisme est assez mis à mal en effet quand, vers 42′ et ultérieure­ment, sont évo­qués les mon­des avant le big bang ou la pos­si­bil­ité pour chaque trou noir d’engendrer un univers régi par des lois légère­ment dif­férentes de celles de l’univers par­ents (théorie déjà anci­enne, don­nant nais­sance à des pré­dic­tions intéres­santes sur le con­tenu de l’univers observ­able, résis­tant jusqu’ici fort bien à l’observation).

Au final, son épisté­molo­gie sem­ble assez large­ment ordon­née à la tâche de con­forter une zone de con­fort intel­lectuelle (un espace de croy­ance) accordé à ses options réal­istes. C’est sans doute inévitable dans des domaines aus­si spécu­lat­ifs que la cos­molo­gie — mais du coup, je trou­ve que les prob­lèmes posés béné­ficieraient de l’être plus rigoureuse­ment. De quoi en effet par­le-t-on quand on par­le de temps ? Est-il pos­si­ble d’assimiler “moment” à “présent” ou à “main­tenant” ? En quoi le temps vécu est-il réelle­ment un indice de ce qu’est le temps physique et quel rap­port y a-t-il de l’un à l’autre ? Les con­clu­sions de la con­férence m’invitent bel et bien à rester pru­dent : rel­a­tives, au fond, au libre-arbi­tre et à l’indétermination des futurs, elles ne présen­tent de con­nex­ion qu’allusive à ce qui précède — et comme bien bien trop sou­vent quand on passe de l’objet au sujet, de “ça” à “nous”, je red­oute l’erreur de caté­gorie ; mais il faudrait avoir quelques argu­ments plus que les quelques allu­sions qui nous sont ici offertes.

On trou­vera des posi­tions philosophique­ment plus fortes (et mieux artic­ulées) chez Meil­las­soux[2] (con­tin­gence néces­saire des lois de la nature), que je décou­vre rad­i­calis­er des posi­tions de Peirce (46’03) et autres selon qui les lois de la natures ont une évo­lu­tion (la ques­tion des lois de cette évo­lu­tion est un prob­lème qu’évite le rad­i­cal­isme de Meil­las­soux, que la ques­tion sci­en­tifique per se indif­fère au fond). Il y aurait toute une généalo­gie à retrac­er autour de cette idée, prob­a­ble­ment depuis Aris­tote et le sub­lu­naire, dans la façon dont elle a influé sur ou été com­bat­tue par le développe­ment de la philoso­phie naturelle puis des sci­ences de la nature. Idée assez incon­fort­able pour qui place le savoir absolu au som­met de ses valeurs — mais bien plus sim­ple à accepter et pro­mou­voir pour qui entre­tient la croy­ance dans le libre-arbi­tre.

D’après un post FB le 22/12/14

NOTES

  1. Cela dit, la théorie du mul­tivers ne serait pas si facile à déboulon­ner si l’on réus­sis­sait, comme on l’a cru, à trou­ver trace des ondes grav­i­ta­tion­nelles pri­mor­diales, traces de l’inflation : il y a un lien entre les théories actuelles du mul­tivers et l’inflation ^
  2. Après la fini­tude. Essai sur la néces­sité de la con­tin­gence. — Paris : Seuil, 2006 (coll. L’ordre philosophique), rééd. aug­men­tée en 2012. Pré­face d’Alain Badiou. ^

Image : Mousse de spin. (Source)

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