Avant le solstice

Tous les ans, je comprends mieux les raisons des fêtes du solstice – que nos mondes détachés des rythmes ont oublié.

L’hiver en ses débuts réveille des solitudes profondes, homogènes aux proximités des mondes finissant. La lumière s’efface, malgré les tentations électriques.

J’aimerais une occasion de célébrer en commun, dans le tissus lourds des veillées, la peur-décembre, la poix des jours huilés de pluie, les matins collant de songes d’autres lumières.

Tête en coton, corps lourd, l’envie d’envoyer bouler le réel (dit-on) dans l’en-deçà de ces rêves plus forts dont nous passons des vies à refuser l’accord.

Je rêve encore le nirvana comme un paradis moral, un de ces lieux où n’arriverait plus que du bon. Je m’en aperçois, quand le regard, lassé, se tourne vers l’immédiat, et n’y rencontre que la nécessité. L’hiver serait favorable à ce que je referme mes bibliothèques, close internet, et me tourne vers le vide des jours, et sa source.

Dans cet ennui des dépressions d’automne, au coeur de la procrastination et de l’insatisfaction, on voit affleurer, mécaniques, les réactions de l’esprit en quête d’un surplus, toujours addictif, d’occupations, de nouveautés, de justifications diverses – tout sauf l’indifférence, le repos, le silence. La grande machine de guerre jamais ne cesse de bâtir ses citadelles et des trébuchets.

Mon coeur tachycarde, et je prends son rythme comme un contre-temps.
Ca s’emballe dans ma tête – textures symptomatiques : envie de livres que je ne lirai pas, de maths comme de procédures sans apories, et de sexe qui ne mène nulle part – de lointains. Alors je pars tourner en rond dans les récits des autres – puisque je n’ai pour les miens propres aucun talent (mon imaginaire est par blocs sensoriels et émotionnels, et par paradigmes plus que syntagmes : ça ne fait pas de bonnes histoires, et je n’ai jamais su raconter – un art du mensonge, aussi, me confirme ma mère).

Je n’ai pas du tout envie d’aller dormir. Mais j’aimerais bien dormir, bien. Ces pensées confuses me viennent toujours au bout d’une période de mauvais sommeil. Je ne sais au fond si elles sont confuses ou justes – peut-être n’est confuse que le ciment des jours ordinaires, plâtré depuis l’enfance au-dessus des infinis perceptifs pour vivre dans le monde-commun une vie-attendue. Va savoir.

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