Caillebotte - Rue de Paris, jour de pluie

As dreams are made on

Le champ sous la con­science con­sciente, le champ d’apparition de l’attention focal­isée, défo­cal­isée, est bien plus étrange que le plus impres­sion­nant objet de savoir.

Je sens que dieu pour­rait y naître aus­si sim­ple­ment et évidem­ment qu’une rosée sur le matin — objet d’aucune théolo­gie.

Là, les sen­sa­tions, les émo­tions, les plaisirs et les douleurs sont des acteurs pré­cis ; leur texte su, comme celui de mes mains sur le clavier, prend place sans pourquoi dans la suc­ces­sion instan­ta­née des choses — les réc­its se tis­sent alors aus­si, mais ne dis­ent rien de cette mer­veille, qu’ils puis­sent être.

Sous ce grand plateau agité, “je” se plaît à croire encore une épais­seur, moins des couch­es qu’un océan dont il ne con­tem­ple que les vagues. Par à coups très-fugaces, il s’éclipse pour­tant, et ne reste que le flux, pas même. Oh que tout ceci — dont j’ai lu ailleurs bien d’autres syn­tax­es — est étrange — quand l’attention, moins engagée dans les choses sem­ble pren­dre note de leur sur­face — défo­cal­i­sa­tion ?

Je suiv­ais ce soir, sans l’avoir cher­ché, les pistes de l’irréalité de la man­i­fes­ta­tion. Il n’y avait rien d’intellectuel à cela — ces philoso­phies-là là, à ma manière brouil­lonne et inchoa­t­ive, ont depuis longtemps été par­cou­rues. J’étais atten­dant S***, l’épaule con­tre le cham­bran­le de pierre d’une rue de Paris. Le pavé lui­sait sous des restes de pluies mai­gres et froides. Rien ne sem­blait vrai­ment réel. Ni mon corps, ni mon poids sur le pied droit, ni les pas­sants bril­lants comme des étoiles à neu­trons, ni leur pas diverse­ment mag­né­tique ou la sen­sa­tion tirail­lée dans mon dos. Tout était très clair pour­tant, où que se porte l’attention. Très clair et se suc­cé­dant sans heurt, chaque chose engen­drant ses ondes pro­pres dans le chant de l’attention, l’accordéon des mon­des. Et tout sem­blait de la même étoffe, as my dreams have always been made on, et dont le monde même est tis­sé, je le sais depuis que je suis petit.

J’ai suivi le fil de cet imag­i­naire qui me per­met de sus­citer presque n’importe quoi ici et main­tenant — si j’avais été moins nor­ma­tive­ment engagé dans les rela­tions aux autres, je crois que ce monde qu’on dit “com­mun” m’aurait été loins sta­ble : il ne se tient que des con­ven­tions que l’on partage à son égard, mais je vous jure que la mer n’est jamais loin, non plus que le banc de tor­ture — ce qui ne m’a jamais facil­ité le som­meil.
Ce soir, le théâtre sem­blait poindre sous la pièce. C’était vaste et calme, aus­si agité au-dessus cela soit-il. Mais c’est mal dit : il n’y a pas de com­mune mesure entre ce vaste et calme et cette agi­ta­tion. Ou plutôt si, celle de l’émotion qui s’en vient par dessus, et du mot qui s’y colle : vaste-et-calme. C’était très sub­til, comme une de ces pen­sée timides dont un peu de l’odeur viendrait à dif­fuser sous la porte de la con­science — mais l’image est mau­vaise et a pos­te­ri­ori.

Bon, j’ai tou­jours envie d’en faire des réc­its, de le racon­ter à quelqu’un. C’est un désir con­tant chez moi, de toute façon ; je n’apprends rien que je ne m’imagine rap­porter à plus sage que moi — quête de recon­nais­sance.
Pour­tant, récem­ment, en sor­tant de la peur, en regar­dant dans le champ de con­science la façon dont y appa­rais­sent les autres, ce que j’y ai vu est, en ce point focal, telle­ment dense, telle­ment orné de liens dansants les dits de la con­trainte et de la lib­erté… il y avait juste de l’amour, là — la patience de les laiss­er devenir — ce qui ne me ressem­ble guère, au fond, je passe plus de temps à défendre mes zones de con­fort — mer­veille.

Le plus étrange peut-être est l’envie d’aller voir s’il y a quelque chose sous cette sur­face — une logique, un monde. C’est encore une hubris : je crois tou­jours que je pour­rai, d’une façon ou d’une autre, embrass­er la chose. Récupér­er le bouzin, comme tou­jours, récupér­er la déprise même — il est rigo­lo, ce Mon­sieur je. En atten­dant, c’est comme ça — je veux savoir la gram­maire de ce réc­it-là. Mais pour elle, comme pour les autres, il faut que je la devi­enne — j’ai tou­jours été mau­vais à déduire les gram­maires, fal­lait que j’en fasse advenir la machiner­ie en moi-même, que je la simule opéra­tionnelle­men et émo­tion­nelle­ment, pour com­pren­dre ce que ça fait (what it’s like) de fonc­tion­ner comme elle l’exige et que la logique m’en paraisse évi­dente. Je vais sans doute à ma façon courir après cette nou­velle gram­maire qui n’en est — dit-on — pas une. On ver­ra bien ce que ça me fait :) Pour le moment — it’s just fol­low­ing the dreams to were they lead.

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