Narcisse marin

Il n’est pas bon que l’homme soit seul – on en devient fou, je crois, sauf à s’acquitter d’une livre de chair et d’âme envers les démons de la néces­sité.

« Dans le galbe d’un cul, je rêve lib­erté, puis­sance et com­plé­tude. Mais, pas plus que la moi­teur des orgasmes, l’esquisse d’un mem­bre, d’une couille ou d’un regard ne me rap­proche des par­adis d’enfance.

Enckell - Narkissos
Je roule autour de mon corps dérobé – limon à la terre arraché – dos aux atolls et à l’insistance du large – gorge noyée de la sépa­ra­tion d’avec moi-même – éparpil­lé sur les sil­hou­ettes de tous ceux croisés sou­veraine­ment libres, déten­teurs cha­cun d’un peu de ma vérité.

Et je pro­jette le rêve d’un ange sur la jeunesse qui s’offre à la mer instan­ta­née – l’ange qui annonce et sépare, pro­tège, inter­dit, évide l’espace vers mon corps en abîme jeté là-bas, dans les vagues et toute lib­erté – l’ange océanique d’où s’ordonnent sain­teté-pureté-unité, idéal de mon enfance – l’ange que du monde je lais­sais retranch­er toute per­fec­tion. »

Dans l’espace que la lame tranche et engloutit, on rêve d’autres ter­res. Mais les eaux seules répon­dent à ce désir d’ailleurs, et l’autre s’alourdit d’un poids de déjà-vu, dans la sueur saumâtre des houles et le poing refer­mé des défer­lantes.

L'éveil

Le par­adis est sans ailleurs.

One thought on “Narcisse marin”

  1. On com­par­era avec la ver­sion révisée du 15/11/2013 :

    On devient fou, je crois, sauf à s’acquitter d’une livre de chair et d’âme envers les démons de la néces­sité.

    « Dans le galbe d’un cul, je rêve com­plé­tude. Mais, pas plus que la moi­teur des orgasmes, le trait d’un regard ne me rap­proche des par­adis d’enfance -

    dos aux atolls et à l’insistance du large – gorge noyée — séparé d’avec moi-même ça tangue et roule — désar­rimé limon éparpil­lé sur les écueils des sou­veraine­ment libres — l’ange promesse d’un reflux de vérité

    s’offre à la mer instan­ta­née — l’ange qui annonce, sépare, inter­dit, évide l’espace vers mon corps en abîme là-bas, dans les vagues et toute lib­erté — l’ange que du monde je lais­sais retranch­er toute per­fec­tion.

    La lame tranche et engloutit — d’autres ter­res dérivent, rêveuses. Les eaux seules répon­dent au désir d’ailleurs. L’ange déjà-vu som­bre, dans la sueur saumâtre des houles et le poing refer­mé des défer­lantes. »

    Le par­adis est sans ailleurs.

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