Le grand silence – Die grosse Stille

 

Le grand silence

Une année du monastère de la Grande-Chartreuse.

Égrené de quelques versets bibliques somptueusement choisis – quoique ressassés de façon parfois un peu lassante -, le film est monté comme un vaste et silencieux commentaire de la vie retirée. Du coup, à vouloir montrer l’intime, il fallait faire style d’un rythme lent et de la longue durée (plus de deux heures et demi). Au spectateur de développer une patience et, à cette occasion, de moins en moins fréquente, de laisser s’installer un autre type de sensibilité.

Certes, on pourrait critiquer certains parti pris esthétisants, quelques lourdeurs de style, parfois, ou reprocher au cinéaste de ne pas faciliter l’accès à son sujet – mais je ne pense pas que, sauf à mentir, cet accès puisse être facile ; on serait tenté de demander, encore, un peu plus de détail sur la vie économique du monastère et ses rapports au monde – mais je gage qu’il existe déjà toute une documentation sur ce sujet ; ou un plus vif éclairage sur la vie intérieure, les motivations, les résistances et les joies de chacun de ces moines – mais il aurait fallu briser la compacité du fond sonore (bruits naturels et artificiels, rares conversations, rires…) et rompre la continuité de l’expérience du spectateur pour y réintroduire une position d’extériorité, celle du juge ou du faiseur de polémiques, d’accord-pas d’accord : là n’était pas l’enjeu.

Lent déroulé des images, jeu des textures, irritant pour plus d’un, mais à mon sens marque du décalage entre le silence de la vie monacale et le bavardage du monde, densité de la présence de ceux-là qui sont parmi les derniers dépositaires d’une spiritualité occidentale, et l’impérieuse insistance des paysages de Chartreuse… J’ai été touché, profondément. Il n’y a guère plus que je puisse en dire.

Le Grand Silence
Réalisé par Philip Gröning
Documentaire allemand.
Sortie : 20 décembre 2006
Durée : 2h 42′

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