Histoire de Ganesha — 2. Au bain

Or donc, c’était une belle journée de print­emps, d’été ou bien d’automne, je ne saurais trop dire, mais une langueur sem­blait couler molle­ment sur l’herbe rase depuis les hauts monts avoisi­nants. Par­vatî fut prise de l’envie d’un bain, un de ces bains où l’on muse, à l’aise avec le monde et soi-même et où la soli­tude est le pre­mier com­pagnon, jalouse­ment pro­tégé. Se dirigeant vers ses apparte­ments — son ascèse et celle de son con­sort pou­vaient sus­citer toutes qual­ités de palais, aus­si con­sis­tants que fumées, mais avec toutes les facil­ités mod­ernes -, elle fit garder Nan­di, le grand buf­fle, pre­mier servi­teur de Shi­va — et donc pre­mier de ses servi­teurs à elle, par voie de con­séquence — elle lui fit, donc, garder sa porte, exigeant de lui qu’il en inter­dise l’entrée à quiconque. Et s’en fut se délass­er, nue, au milieu des bassins, lotus par­mi les lotus.

parvati

Nan­di veil­lait. Nul n’entrerait. Enfin… Nul… Il n’y aurait pas d’histoire, n’est-ce pas, si la déesse — c’en était une à présent qu’elle avait gag­né le cœur de Shi­va — avait pu aller jusqu’au bout de son désir de soli­tude, et si son corps drapé des eaux n’avait point été mis à nu plus encore par un regard tiers. Car elle fut bien sur­prise au bain : par Shi­va lui-même. Com­ment en effet Nan­di aurait pu con­train­dre son ter­ri­ble maître ? Shi­va donc, avait rejoint Par­vatî, rompant le lien intime infin­i­ment qu’elle avait tressé autour d’elle et sus­ci­tant décep­tion, colère froide, ardente réso­lu­tion. A la voir cour­roucée, Shi­va se con­tenta de rire, non sans ten­dresse, d’ailleurs, mais sans réalis­er encore ce qui venait d’advenir : sa con­sort venait de réalis­er qu’elle n’avait aucun servi­teur qu’elle pût appel­er sien.

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